L’orientation et l’ensoleillement, deux alliés naturels pour mieux vivre chez soi

Quand on pense au confort d’un logement, l’image qui vient souvent à l’esprit, c’est celle d’une pièce lumineuse, baignée de soleil par une belle journée d’hiver, ou d’un cocon frais lors des grandes chaleurs estivales. Ce petit miracle, ce n’est ni de la magie ni le fruit d’une technologie miracle, mais bien le résultat de deux paramètres aussi anciens que la terre : l’orientation du bâtiment et la gestion de l’ensoleillement. On explore ici ce que recouvrent ces notions, comment elles sont devenues centrales dans la conception écologique, et pourquoi elles comptent tant dans nos quartiers d’hier et de demain.

L’orientation, ou l’art de placer la maison dans le paysage

Depuis toujours, l’homme bâtit en dialoguant avec le soleil. Dans la Rome antique, les domus s’ouvraient largement au sud pour se prémunir contre la froidure. Les villages bisontins déploient encore leurs façades longues côté soleil levant... Cette savante chorégraphie entre la boussole et les murs n’a rien perdu de sa pertinence.

  • Pourquoi s’orienter ? Tout tourne ici autour de la maîtrise des apports solaires. En exposant correctement les zones de vie et de repos, on capte ou on protège la chaleur selon les saisons.
  • Un levier énergétique : Dans nos régions tempérées, l’énergie solaire passive couvre jusqu’à 25 % des besoins de chauffage d’un logement performant, à condition de bien exposer les baies vitrées au sud (source : ADEME).
  • Mais attention à l’excès : Un bâtiment mal orienté qui présente de larges baies à l’ouest, par exemple, s’exposera aux surchauffes estivales, rendant la vie intérieure pénible et énergivore (source : Cerema).

La règle du Sud, une clé universelle ?

En Europe, et particulièrement à Besançon, une orientation principale au sud (voire sud-est) reste la référence. Pourquoi ? Pour bénéficier d’ensoleillement maximum de novembre à mars, lorsque le soleil est bas et que la demande en chauffage est la plus forte. Cela n’empêche pas d’aménager l’est pour cuire le café dans la lumière du matin, et de placer au nord les pièces annexes, moins sollicitées et mieux isolables face au froid.

L’ensoleillement : se chauffer et s’éclairer à la bonne dose

L’ensoleillement ne se résume pas à des heures de lumière ; il englobe la quantité de rayonnement reçue, le moment de la journée, la saison. Sa gestion, subtile, influe autant sur le bien-être que sur les consommations d’énergie.

  • Un impact direct sur le confort thermique : Une étude de l’USH (Union Sociale pour l’Habitat, 2022) note qu’un logement bien ensoleillé requiert 20 à 30 % de chauffage en moins.
  • La lumière du jour, un facteur de santé : L’exposition à la lumière naturelle influe sur le moral, la qualité du sommeil et la productivité. L’OMS recommande, dès 2018, d’avoir au moins 2 h d’exposition journalière à une lumière supérieure à 1000 lux dans son cadre de vie.

L’ombre portée, l’ennemi – ou l’allié

  • En hiver, une ombre projetée par un voisin peut allonger de 30 ou 40 jours la période de gel au sol (source : Association QUALITEL).
  • En été, le simple fait de prévoir des débords de toit de 50 à 80 cm ou de placer des haies caducs peut réduire de 65 % les apports solaires indésirables sur les vitrages orientés sud (source : ADEME, Passive House Institute).

Traduire ces paramètres dans l’urbanisme d’aujourd’hui

Si les principes d’orientation et d’ensoleillement paraissent simples sur le papier, leur application concrète est parfois contrariée par la densité, la topographie ou les règlements urbains. Pourtant, leur enjeu devient stratégique face au dérèglement climatique.

Dans les quartiers existants

  • Adapter sans tout bouleverser : Améliorer l’orientation intérieure lors de rénovations (changement d’usage des pièces, créations d’ouvertures, etc.) reste un axe efficace. Une étude du CSTB (Centre Scientifique et Technique du Bâtiment, 2021) montre que le simple déplacement d’une pièce de séjour de l’ombre vers la lumière peut faire varier la température ressentie de 2 à 3°C sans toucher au chauffage.
  • Végétaliser avec stratégie : Jardins partagés, alignements d’arbres, haies vives : un arbre mature est capable de faire baisser la température voisine de 2 à 4°C en été par effet d’ombre et d’évapotranspiration (source : FAO, 2016).

Pour les nouvelles constructions

Le PLU (Plan Local d’Urbanisme) de Besançon intègre désormais des critères précis d’ensoleillement minimal pour chaque logement : accès à la lumière naturelle au moins 1,5 heure par jour au solstice d’hiver, pas d’occultation excessive par les bâtiments voisins (source : Ville de Besançon). Outre la santé, ces règles visent à limiter le recours à la climatisation et améliorer durablement la qualité de vie.

Confort d’été, confort d’hiver : la double saisonnalité bioclimatique

L'un des défis majeurs reste la gestion de la double saisonnalité. Conserver la chaleur quand le froid s’installe, s’en protéger quand l’été cogne fort.

  1. En hiver : On privilégie de grandes ouvertures au sud, pour laisser entrer la chaleur solaire quand le soleil est bas. Un vitrage double ou triple limite les pertes quand la nuit tombe. Les maisons les mieux conçues y gagnent jusqu’à 4 à 6°C de surchauffe gratuite les jours ensoleillés.
  2. En été : L’angle du soleil plus haut permet de protéger naturellement les vitrages par des débords de toiture, stores, brise-soleils. Une maison bien protégée évite jusqu’à 80 % des surchauffes selon l’ADEME.

L’inertie des matériaux joue aussi un rôle. La pierre, la terre, absorbent la chaleur du jour pour la restituer la nuit, ce qui accentue les bienfaits d’une bonne orientation.

Des chiffres marquants sur Besançon et la région

  • Durée annuelle d’ensoleillement à Besançon : environ 1800 heures par an (source : Meteo France). Une ressource naturelle précieuse à capter judicieusement.
  • Gains énergétiques : Une maison passive orientée plein sud, à Besançon, peut couvrir jusqu’à 80 % de ses besoins de chauffage par la seule énergie solaire entre octobre et mars (source : Passivhaus Institut, retour d’expérience RT2012).
  • Bilan thermique d’un vitrage sud vs nord : En hiver, une fenêtre sud génère un solde énergétique positif (plus de chaleur reçue que perdue), tandis qu’une baie nord enregistre une perte nette de 60 à 80 kWh/m2 sur la même période (source : CSTB).
  • Confort d’été : À surface vitrée identique, une baie ouest non protégée reçoit 2 à 3 fois plus de rayonnement solaire en fin d’après-midi qu’une baie sud équipée de pare-soleil (source : CEREMA, simulation thermique dynamique).

Au-delà des chiffres : habiter autrement la lumière

Dans un quartier comme les Vaites, où la biodiversité côtoie les immeubles récents et les maisons centenaires, l’orientation et l’ensoleillement tissent une relation intime avec le paysage et ses habitants. Observer la trace du soleil à travers la verrière d’un jardin d’hiver, choisir l’arbre qui projettera sa fraîcheur, placer sa chaise là où la lumière caresse la fin d’après-midi… Ralentir, c’est prêter attention à la trajectoire du soleil sur la façade, à l’évolution de la température au fil des saisons.

Réfléchir l’habitat, ce n’est pas que cocher des cases techniques, c’est se donner le luxe d’un confort naturel, qui ne coûte rien ou presque, qui ne requiert pas de moyens extraordinaires, mais une intelligence du lieu et un dialogue avec ce qui nous entoure. Les Vaites demain, c’est peut-être ça : un territoire où le soleil et l’ombre s’inventent, chaque jour, un nouveau paysage pour mieux y vivre.

Pour prolonger la réflexion, citons cette phrase souvent attribuée à Le Corbusier : « L’architecture, c’est le jeu savant, correct et magnifique des volumes assemblés sous la lumière ». Et si, modestement, nos maisons, nos rues, nos quartiers devenaient ce théâtre quotidien de la lumière bien orientée, habité par tous ?

En savoir plus à ce sujet :