Observer autrement : les Vaites, laboratoire vivant de la ville-nature

Au nord-est de Besançon s’étend le quartier des Vaites, un territoire longtemps au centre des débats pour sa transformation urbaine, traversé par des questions simples mais essentielles : Que veut-on préserver ? Que souhaite-t-on cultiver ? Quel sens donner à notre coin de verdure ? Au fil des années, la résistance au béton s’est traduite par l’émergence de plusieurs poches d’agriculture urbaine, traduisant, ici comme ailleurs, ce besoin de renouer avec la terre et la diversité du vivant.

En France, la progression de l’agriculture urbaine va de pair avec la conscience écologique : en 2023, elle couvrait déjà plus de 430 hectares dans les villes françaises, dont les jardins ouvriers, partagés ou pédagogiques, micro-fermes, et ruchers citadins (source : INRAE, 2023). Les Vaites, bien que modeste en superficie, condensent de nombreuses pratiques emblématiques.

Au détour des sentiers, ce sont ainsi des jardins familiaux, des parcelles de légumes collectifs, des prairies rythmées par le chant des insectes, des ruches colorées sur un toit, des bandes de potagers au pied des immeubles. Les habitants se croisent autour d’un projet commun : planter, récolter, partager, mais aussi, et surtout, préserver une biodiversité citadine miraculeuse.

Pourquoi l’agriculture urbaine éveille-t-elle la biodiversité ?

On imagine parfois que la biodiversité ne s’invite que dans de vastes espaces sauvages. Pourtant, la ville elle-même devient un creuset pour les espèces—à condition de l’y aider ! L’agriculture urbaine, c’est d’abord l’art de recréer, à petite échelle, les conditions du vivant. Voici quelques manières précises dont elle enrichit la biodiversité dans les Vaites :

  • Des habitats variés : Les multiples micro-parcelles, cabanes, tas de bois, murets, ou composts plantés au fil des jardins offrent des refuges à quantité d’espèces, des coccinelles aux hérissons, des mésanges aux abeilles solitaires.
  • La diversité botanique : Loin des “monocultures” décoratives, on privilégie ici la cohabitation de légumes anciens, d’aromatiques, de fleurs mellifères, de fruitiers. Ce foisonnement végétal attire pollinisateurs et prédateurs naturels des nuisibles.
  • La réduction des pesticides : Les pratiques bio, très majoritaires dans les jardins partagés de Besançon (près de 90 % selon la Ville), protègent la faune du sol et des airs : vers de terre, syrphes, papillons, chauves-souris…
  • L’eau au cœur du vivant : Récupérateurs et bassins favorisent une humidité locale où s’ébattent grenouilles, libellules et hérissons. L’eau, vecteur de vie, joue un rôle discret mais puissant.

Zoom sur les Vaites : de la terre au quartier, une mosaïque d’acteurs

Il suffit d’arpenter les Vaites aux premiers jours de printemps pour sentir combien l’agriculture urbaine structure les liens. Plusieurs îlots-jardins, héritages des anciens jardins ouvriers puis transformés au gré des collectifs, s’égrènent entre immeubles et maisons. Zoom sur quelques initiatives :

Lieu Types de cultures/activités Espèces observées Actions
Jardins partagés "Les Vaites en Herbe" Légumes de saison, aromates, prairies fleuries Roselières (libellules), abeilles, moineaux, hérissons, pic-vert Paillage, agroécologie, rencontres pédagogiques
Rucher collectif (Toit collège Diderot) Ruches, plantes mellifères - encadré Apicool Abeille noire locale, bourdons, syrphes Sensibilisation, extraction de miel locale
Micro-ferme urbaine (en projet, parcelles expérimentales) Petits fruits, Haies, bande-verger Lézards des murailles, mésanges, batraciens Test permacole, inventaires participatifs

L’observatoire local de la biodiversité, sous la houlette du CPIE du Haut-Doubs, a déjà recensé dans ce quartier plus de 250 espèces animales et végétales, une rareté dans un environnement périurbain si densément peuplé (source : CPIE, 2023).

Astuces et pratiques : renforcer la trame verte et bleue des Vaites

La biodiversité urbaine ne tient qu’à un fil—ou plutôt, à une “trame”. Ce concept, cher aux écologues, désigne la façon dont les corridors de nature relient ou fragmentent les populations animales et végétales (source : Ministère de la Transition Écologique). L’enjeu pour les Vaites ? Multiplier les passerelles.

Voici quelques leviers concrets—bons à prendre pour toutes celles et ceux qui souhaitent renforcer la vie autour de leur potager, de leur balcon ou de leur jardin :

  • Installer des haies variées : l’association de buissons indigènes (noisetiers, aubépines, chèvrefeuilles) crée des refuges et des « autoroutes » pour une faune discrète.
  • Semez des fleurs locales mellifères : soucis, bleuets, centaurées, pour attirer les pollinisateurs.
  • Adopter le compost partagé : excellent pour enrichir la terre, il devient aussi le royaume de nombreuses larves, staphylins, lombrics…
  • Laisser des coins “sauvages” : quelques herbes, un tas de pierres, quelques branches mortes offrent gîte et couvert à tout un cortège d’insectes.
  • Sensibiliser dès le plus jeune âge : balades botaniques, ateliers nichoirs, opérations comptage d’insectes (OPIE, Vigie-Nature) sont les meilleurs vecteurs de transmission.

L’agriculture urbaine, nouveaux récits pour nos territoires

Dans les Vaites, comme ailleurs, l’agriculture urbaine n’est pas qu’une réponse environnementale : c’est une aventure sociale faite de partages, de tâtonnements, de questionnements joyeux. À chaque saison, des jardins voient surgir des joueurs d’accordéon, des écoliers en bottes, un apiculteur amateur, un botaniste passionné. C’est un territoire de liens autant que de plantes.

Des études l’ont montré (source : Observatoire de la biodiversité des jardins – Muséum national d’Histoire naturelle) : plus la diversité de pratiques (maraîchage, arbres, fleurs, compost…), plus la diversité des espèces est grande. Mais c’est aussi l’intercréation entre humains et non-humains qui compte. À Besançon, le Plan local de biodiversité promeut ainsi des actions conjointes avec les associations de gardiens de jardins, d’apiculteurs et de naturalistes pour "faire des Vaites une oasis dans la ville".

  • En 2022, par exemple, les “Jardins ouverts” ont accueilli plus de 400 visiteurs en une saison, l’occasion de faire découvrir la diversité des tomates anciennes ou le ballet discret des coccinelles au printemps.
  • Chaque année, près de 15 classes locales participent à des chantiers nature ou des semis collectifs, semant les graines d’une vigilance citoyenne dès l’école primaire.

L’agriculture urbaine devient alors un récit partagé : autour des bacs potagers et des prairies laissées libres, chacun s’exerce à reconnaître une feuille de consoude ou le “toc” caractéristique du pic épeiche. Ce n’est pas grand-chose, mais c’est, déjà, un changement d’échelle dans notre rapport à la nature.

Vers une nature à portée de main : quel futur pour la biodiversité des Vaites ?

La biodiversité urbaine n’est jamais définitivement acquise. L’artificialisation des terres reste une menace (source : France Nature Environnement), et les lieux comme les Vaites rappellent combien il est précieux de préserver ces interstices, là où la ville reprend souffle. Mais l’exemple de ce quartier montre aussi que le vivant s’invente et s’explore dans la proximité, au fil des initiatives et des saisons.

Restons attentifs aux bourgeons, aux bruissements, aux envols : les jardins, les ruchers, les potagers, ici, sont bien plus que des lieux de production; ce sont des ateliers quotidiens du vivant, ouverts à tous et modèles inspirants d’un avenir écologique désirable à Besançon et bien au-delà.

Sources principales : INRAE, CPIE du Haut-Doubs, Ville de Besançon, Muséum National d’Histoire Naturelle (programme Vigie-Nature), France Nature Environnement, Ministère de la Transition Écologique.

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