Pourquoi un terreau aussi fertile dans les Vaites ?

C’est avant tout la singularité du territoire qui favorise ici l’essor des jardins urbains : un quartier à la lisière de la forêt de Chailluz, berceau naturel dont la riche biodiversité infuse jusque dans les pots et les plates-bandes. Ce quartier relativement récent, aux marges longtemps non bâties, attire habitants curieux et collectifs engagés. Les questions d’alimentation locale, de préservation des terres agricoles et de lutte contre l’artificialisation des sols s’y incarnent tout particulièrement, dans un contexte de débats récurrents autour d’un projet d’écoquartier parfois contesté (France 3 Régions). Sur ce terreau né d'une histoire en suspens, poussent des expériences citoyennes inspirantes.

Des jardins partagés, catalyseurs d’une nouvelle convivialité

L’un des ressorts clés du dynamisme local, ce sont les jardins partagés. La Parcelle des Vaites, mise en place par l’association Bien Vivre aux Vaites, en est un exemple emblématique. Sur ces quelques ares, une douzaine de familles cultivent ensemble légumes, herbes et fleurs, tout en créant un espace de dialogue et de transmission.

  • Chacun peut s’y investir, peu importe l’expérience ou le temps disponible.
  • Des zones sont réservées pour l’expérimentation : plantes oubliées, variétés anciennes, essais de permaculture.
  • On y apprend à faire du paillage, à accueillir la faune utile (coccinelles, hérissons, abeilles sauvages), à faire circuler graines et astuces locales.

Selon Les Amis des Vaites, près de 150 personnes participent régulièrement ou ponctuellement aux ateliers ou chantiers partagés. Le jardin devient alors un lieu vivant, ouvert sur le quartier, générant discussions, échanges de savoirs, voire tensions fécondes quand se croisent points de vue et pratiques différentes.

Des outils pour cultiver l’inclusion

L’un des enjeux souvent souligné par les collectifs est l’accessibilité des espaces. Pour impliquer de nouveaux habitants, les associations n’hésitent pas à organiser :

  • Des après-midis découvertes pour les écoles du quartier, favorisant la transmission intergénérationnelle et l’éveil à la nature dès le plus jeune âge.
  • Des chantiers ouverts aux publics éloignés ou fragilisés (issus de l’accueil d’urgence, habitants précaires ou nouvellement arrivés dans la ville).
  • Des ateliers accessibles aux personnes à mobilité réduite, via la création de bacs surélevés et de plates-bandes faciles d’accès.

Culture urbaine et biodiversité : des liens renforcés aux Vaites

La préservation de la nature en ville ne se limite pas à planter ou récolter. Aux Vaites, plusieurs initiatives tentent de réconcilier biodiversité et agriculture urbaine. L’un des projets phares, mené par le collectif Les Jardins Suspendus des Vaites, consiste à installer des micro-habitats pour la faune :

  • Hôtels à insectes et nichoirs à oiseaux disséminés dans les friches, pour soutenir pollinisateurs et oiseaux des jardins.
  • Bandeaux fleuris composés de semences locales pour maintenir un maillage nectarifère sur l’ensemble du quartier, en synergie avec la friche à orchidées voisine.
  • Ateliers sur « Comment accueillir la biodiversité au jardin » animés en partenariat avec la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO).

Cette démarche ne passe pas inaperçue. Selon un inventaire du Conservatoire Botanique de Franche-Comté (2022), la richesse floristique des Vaites est supérieure à la moyenne urbaine regionale (plus de 150 espèces recensées). C’est la preuve concrète qu’une gestion concertée et attentive du quartier peut enrayer l’érosion de la biodiversité, même au cœur de l’espace urbain.

Compostage collectif : des sols vivants, du lien en plus

Au cœur de cette dynamique, le compost partagé s’impose comme l’allié discret mais fondamental de l’agriculture urbaine : redonner à la terre sa vitalité, alléger les poubelles et rapprocher les habitants. Plusieurs sites de compostage collectif existent aujourd’hui dans le quartier, comme celui mis en place avenue des Vaîtes grâce à l’appui de la Ville et de l’association Zéro Déchet Besançon.

  • Environ 2,5 tonnes de biodéchets réorientés chaque année, soit quelque 7 000 repas valorisés (source : Zéro Déchet Besançon 2023).
  • Des permanences hebdomadaires où l’on apprend à équilibrer azote et carbone, à ajuster l’humidité, à protéger les vers et à récolter l’or brun : le compost "maison".
  • Une redistribution équitable vers les jardins du quartier, fermant la boucle locale, pour des cultures plus résilientes et économes en eau.

Ateliers, trocs, rencontres : la dynamique éducative et solidaire

Ce foisonnement ne tient pas au hasard. Il est entretenu par une galaxie d’événements et de rendez-vous, ouverts au plus grand nombre. Le troc de plantes et de graines organisé chaque printemps sur la grande Esplanade, le festival « Fête des Jardins et des Couleurs », les cafés-conseils où l’on discute bouturage, rotations ou solutions naturelles anti-parasites : autant de moments où se tisse un sentiment de communauté.

  • Plus de 15 ateliers pratiques ont été animés depuis 2021 (semis, lombricompostage, ruches pédagogiques…).
  • Des « marches botaniques » guidées par des naturalistes locaux pour recenser et apprendre à reconnaître les plantes indigènes du quartier.
  • Des initiatives de troc solidaire : outils, graines, plants, mais aussi conseils ou coups de main lors des arrosages collectifs de l’été.

Parmi les structures actives, citons Bien Vivre aux Vaites, Les Jardins Suspendus des Vaites, La Compagnie des graines ou encore Le Café des Possibles. Toutes ouvrent l’espace à une démocratie potagère, loin de tout entre-soi, où l’on apprend ensemble et par la pratique.

Urbanisme participatif : lorsque la culture urbaine s’invite dans le dialogue citoyen

La dynamique des jardins urbains aux Vaites doit aussi beaucoup à l’expérimentation institutionnelle. Il existe depuis 2020 un Budget participatif de la Ville de Besançon intégrant spécifiquement des volets de « végétalisation participative » (Ville de Besançon). Plusieurs projets portés par les habitants ont ainsi vu le jour :

  • Création de micro-jardins de pied d’immeuble (rosiers, aromatiques, petits fruits).
  • Installations de récupérateurs d’eau pluviale pour arroser les cultures, économisant jusqu’à 30 % d’eau potable en été selon les relevés municipaux.
  • Aménagement de sentiers de découverte des haies champêtres, support à la fois d’éducation à l’environnement et de corridor écologique.

Cet urbanisme « du faire ensemble » bouleverse en douceur les contours de la vie de quartier, invitant chacune et chacun à contribuer à la construction écologique et sensible de son territoire proche.

Regards croisés : atouts, défis et inspirations à venir

Les Vaites expérimente, avance sans mode d’emploi, tâtonne parfois mais trace une voie singulière. Parmi les réussites notables : la capacité à fédérer habitants de toutes générations et origines autour d’objectifs concrets, à relier enjeux de biodiversité, inclusion sociale et convivialité. L’accès au foncier reste un défi, la pérennité des initiatives également, mais chaque avancée, chaque récolte sème l’idée qu’un autre mode d’habiter la ville est possible.

Atouts Défis
  • Dynamique associative forte
  • Forte implication citoyenne
  • Tissu naturel et agricole préservé
  • Transition écologique vécue au quotidien
  • Pression urbaine et foncière
  • Risques de conflits d’usages
  • Soutenabilité financière des projets
  • Maintien de la biodiversité face aux changements d’usage

La dynamique des cultures urbaines aux Vaites est donc à la fois une réponse aux enjeux globaux (souveraineté alimentaire, climat, cohésion sociale) et une aventure intime, quotidienne, tissée de rencontres et de gestes ordinaires. Les Vaites s’inspire et inspire, à sa manière, d’autres quartiers de France (voir le site Jardinons ensemble), prouvant qu’une ville verte se construit davatange par la multitude de micro-initiatives citoyennes que par les grands discours.

Quelles prochaines étapes concrètes, quels nouveaux lieux, quelles alliances entre habitants, nature et institutions ? Le terreau est prêt, les graines semées… Ici, la récolte n’est jamais tout à fait finie.

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