L’agriculture urbaine aux Vaites : terre de coopérations

La particularité des Vaites, quartier devenu emblème de transition à Besançon (municipalité reconnue Ville Verte par European Green Capital en 2022), c’est de s’inscrire dans une histoire où ni la ville, ni la nature ne domine totalement l’autre. Ici, on croise des anciens jardins familiaux, convertis peu à peu en jardins partagés, quelques vergers croquant sous le pas, et de jeunes bénévoles qui discutent techniques d’agroécologie au pied des immeubles.

Cette vitalité locale trouve racine dans le maillage des partenariats tissés entre associations, collectivités, entreprises, établissements scolaires et citoyens. Penchons-nous sur ceux, souvent discrets mais essentiels, qui soutiennent les cultures aux Vaites.

Les associations : cœur battant des initiatives

Premiers catalyseurs de la dynamique, les associations constituent les racines de l’agriculture urbaine locale. Parmi les plus actives :

  • Les Jardins des Vaites : Association née en 2016, elle gère plusieurs espaces cultivés collectivement, défend la préservation des terres maraîchères et anime des ateliers « du sol à l’assiette » ouverts à tous les habitants. Elle dialogue régulièrement avec la municipalité pour garantir la viabilité de ses parcelles face aux évolutions urbaines (lesvaites.org).
  • Colibris Besançon : Le groupe local de ce mouvement national encourage non seulement le jardinage écologique, mais aussi les chantiers participatifs et les bourses aux semences, en partenariat avec les écoles du quartier.
  • L’Association pour la Protection de l’Environnement des Vaîtes : Par son action de veille et d’éducation à la biodiversité, elle met en contact jardiniers amateurs et spécialistes de la faune/flore pour favoriser la cohabitation entre espaces cultivés et friches naturelles.

Ces associations vibrent au rythme du calendrier des saisons, organisant en moyenne une douzaine d’événements par an — séances de semis, fêtes de la pomme, ateliers sur les petits fruits rouges — qui mobilisent entre vingt et cent personnes à chaque fois (source : Ville de Besançon).

La Ville de Besançon : facilitateur institutionnel et partenaire technique

Derrière chaque parcelle mise à disposition, chaque point d’eau installé ou chaque formation à la permaculture à destination des habitants, le rôle de la Ville apparaît en filigrane. Depuis le début des années 2010, la municipalité porte un Plan d’Agriculture Urbaine (PAU), qui cible notamment :

  • Le recensement et la protection des terres cultivables dans le quartier, en lien avec le développement de l’écoquartier
  • La mise en réseau des initiatives pour éviter l’isolement des acteurs
  • Le soutien matériel (mise à disposition de composteurs, récupération d’eau, outils partagés) et technique (formations, conseils agronomiques)

Côté budget, la Ville consacre entre 50 000 et 80 000 euros par an à l’ensemble de ses actions liées à l’agriculture urbaine sur l’ensemble de la commune (source : besancon.fr), dont une part non négligeable est attribuée aux Vaites.

Lauréate du programme « Quartiers Fertiles » de l’ANRU (Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine) en 2021, la Ville a aussi reçu un apport financier pour déployer davantage de micro-projets agricoles sur les Vaites. Le dispositif vise à installer vergers, haies fruitières et jardins pédagogiques à proximité des logements sociaux, avec un objectif de 8 000 m² cultivés à l’horizon 2025.

Les écoles et collèges : terreau fertile pour l’apprentissage collectif

L’école élémentaire des Vaites et le collège Diderot incarnent pleinement la vocation pédagogique de l’agriculture urbaine. Depuis 2019, ils expérimentent avec des partenaires associatifs un « programme potager », qui réunit chaque semaine des classes autour de parcelles cultivées en pleine terre ou en bacs sur cour.

  • Découverte des cycles de la nature, tri des biodéchets, création de refuges à insectes : autant d’activités qui s’ancrent dans un apprentissage concret et sensible.
  • L’association Les Petits Débrouillards intervient régulièrement pour animer des ateliers « science et nature » sous forme de jeux, d’observations et de défis autour de la biodiversité du quartier.

Un chiffre clé : chaque année, près de 200 élèves du quartier participent à ces activités, dont la moitié n’avaient jamais cultivé auparavant (selon l’Éducation Nationale).

Les entreprises locales : vers l’écologie inclusive et partenariale

Plus discrètes mais stratégiques, certaines entreprises voisines du quartier jouent aussi le jeu de l’agriculture urbaine. Cette implication passe par le mécénat, l’aide logistique, ou l’intégration de pratiques plus responsables. Quelques exemples significatifs :

  • Crèche interentreprises « Les Petits Explorateurs » : Partenaire d’un projet de jardin partagé où parents, enfants, personnel et voisins viennent jardiner ensemble, favorisant la mixité sociale.
  • Biocoop Vesonbio : Entreprise locale, elle propose aux associations du quartier de collecter gratuitement les invendus de fruits et légumes pour les ateliers compostage, et organise parfois des ateliers de sensibilisation à la cuisine anti-gaspillage.
  • Entreprise d’insertion Les Ateliers du Futur : Elle prête matériel et main-d’œuvre lors des chantiers participatifs (mise en place de clôtures naturelles, livraison paillage, réparation de brouettes…).

À travers ces connexions, on voit naître une économie circulaire à l’échelle du quartier, les déchets des uns devenant les ressources des autres.

Bailleurs sociaux : l’art du compromis

Historiquement présents pour loger une population diverse, les bailleurs sociaux tels que Grand Besançon Habitat participent à l’animation des jardins partagés implantés au cœur des résidences. Ce partenariat se traduit par :

  • Mise à disposition et aménagement de parcelles (outils de jardinage, cabanons…)
  • Organisation d’ateliers de jardinage, ouverts aux locataires et animés par les associations partenaires
  • Participation à la co-construction de règles de fonctionnement pour garantir le bon voisinage et l’équité d’accès

Le bailleur joue ainsi un rôle de médiateur : il facilite les démarches et protège, dans les conflits d’usage, l’intérêt des plus fragiles (ex. : familles monoparentales, seniors).

Des liens à inventer : pistes d’avenir pour l’agriculture urbaine aux Vaites

La dynamique partenariale actuelle, bien que solide, invite à être sans cesse réinventée. Les rencontres annuelles « Forum des Communs », organisées à Besançon, offrent par exemple une plateforme d’échanges inestimable où idées et projets émergent. On y parle de mutualisation de terrains, d’agriculture sur les toits, de végétalisation comestible d’espaces publics : autant de pistes vers une agriculture urbaine toujours plus souriante et partagée.

Selon un rapport de l’Inrae (2022), 90 % des projets d'agriculture urbaine qui perdurent après trois ans s’appuient sur des collaborations entre au moins trois partenaires distincts. Aux Vaites, l’avenir semble donc se dessiner dans le dialogue, l’ouverture aux nouveaux habitants – dont certains venus d’horizons très urbains – et dans la capacité à inventer sans cesse de nouveaux modes de faire-ensemble.

Pour aller plus loin : Ressources et lieux à découvrir

Structure Type de soutien Contact ou Lien
Les Jardins des Vaites Jardins partagés, ateliers, animations lesvaites.org
Ville de Besançon Aides matérielles, formations, mise à disposition de terrains besancon.fr/agriculture-urbaine
Colibris Besançon Bourses aux semences, chantiers participatifs colibris-lemouvement.org
Grand Besançon Habitat Bailleurs et médiation sur les jardins en pied d’immeuble gbh.fr
Forum des Communs Plateforme d’échange d’idées et de mise en réseau Forum (événement bisannuel, infos sur la page de la Ville)

Ici, l’agriculture urbaine ne se rêve pas en modèle figé : elle se construit chaque jour, à travers mille formes de coopération. Parcelles cultivées à plusieurs mains, fêtes de quartier ou ateliers d’initiation pour les plus jeunes : chaque initiative épanouit ses fruits grâce à la diversité de ses soutiens. Et, au-delà du carré de terre, ce sont bien les liens qui essaiment l’idée d’un territoire humainement fertile.

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