Genèse et esprit des jardins partagés aux Vaites

Si la création d’un jardin partagé peut sembler banale aujourd’hui, ce n’est pourtant pas une démarche “clé en main”. Aux Vaites, le projet trouve son origine dans l’impulsion citoyenne, l’appui de la Ville de Besançon et de structures associatives engagées (notamment l’association Jardins Partagés ou le collectif “Les Vaites Debout!”). Ici, l’idée maîtresse n’est pas la simple production alimentaire, mais bien la construction d’un commun : un espace où l’on cohabite, expérimente, transmet, et surtout, où l’on tisse du lien autour d’un sol partagé.

  • Date de création : 2021 (avec ouverture progressive des parcelles jusqu’en 2023)
  • Surface totale : 2 000 m² environ, répartis sur plusieurs poches vertes au cœur du quartier
  • Nombre de familles ou groupes impliqués : Une trentaine, auxquelles s’ajoutent des écoles et associations locales
  • Particularité : Fonctionnement autogéré, accès à tous les habitants (inscrits ou de passage), volonté de favoriser la biodiversité et les approches naturelles

Dans l’écosystème de l’écoquartier, ces jardins ne sont pas isolés ; ils s’intègrent dans un maillage d’espaces verts, de chemins piétons, de zones en friche ou en prairie. Chaque saison, ils font l’objet de visites ou d’ateliers ouverts à tous, notamment lors des journées “portes ouvertes” portées par la Maison de l’écologie urbaine locale.

Organisation matérielle : parcelles et aménagements

L’une des spécificités des jardins partagés des Vaites, c’est l’inventivité dans l’organisation spatiale. Loin d’un modèle “rangé” à la française, ici, les parcelles s’imbriquent, conversent, se superposent parfois :

  • Jardins collectifs (cultivés ensemble, décisions prises à la majorité)
  • Petites parcelles individuelles (10 à 20 m², attribuées pour un an renouvelable)
  • Espaces pédagogiques (carrés réservés aux interventions scolaires ou aux ateliers famille)
  • Bande fruitière (plantation d’arbustes et arbres fruitiers gérée collectivement)
  • Composteurs collectifs, récupérateurs d’eau de pluie et abris à outils en récupération

Chaque secteur bénéficie de panneaux explicatifs, d’indications botaniques, et parfois même d’une “boîte à graines” où chacun peut déposer ou prendre selon ses besoins. Un calendrier mural, à l’abri des intempéries, rappelle travaux à faire, dates d’ateliers et chantiers collectifs. Les infrastructures sont pensées pour limiter l’impact écologique : aucun produit phytosanitaire, outils partagés, favorisation des buttes de culture et du paillage naturel.

Gouvernance : les règles du vivre-ensemble

Le cœur de l’expérience, ici, c’est la gouvernance partagée. Un collectif, constitué de bénévoles volontaires, se réunit chaque mois en assemblée pour décider des grands choix :

  • Rotation des cultures et planification du semis
  • Répartition des tâches d’entretien (désherbage, arrosage, compostage, entretien matériel)
  • Gestion des conflits (rare, mais parfois, courgettes non signalées “disparaissent” — le sujet anime bien des discussions !)
  • Ouverture à de nouveaux membres, communication avec les écoles, demandes auprès de la mairie
  • Programmation des événements : trocs de plantes, ateliers zéro-déchet, visites thématiques

Les décisions majeures se prennent au consensus ou, à défaut, à la majorité simple. L’association de gestion veille à garantir un juste équilibre entre familles, seniors, nouveaux arrivants et porteurs de projets sociaux : les parcelles doivent rester inclusives, accessibles, ouvertes à la diversité du quartier.

Le cycle d’une année au jardin partagé

La vie du jardin suit le rythme des saisons, mais aussi celui du quartier. Voici, mois par mois, un aperçu du calendrier typique d’un jardin partagé bisontin :

Mois Actions au jardin Moments collectifs
Février-mars Préparation du sol, premiers semis sous abri, nettoyage Assemblée de lancement, distribution de graines, atelier compost
Avril-mai Plantation de légumes d’été, installation de nouvelles plantes aromatiques Journées de troc, balades botaniques, chantiers collectifs
Juin-juillet Arrosages réguliers, suivi maladies, paillage, premières récoltes Pique-nique collectif, bal trap (jeu traditionel), formation gestion de l’eau
Août-septembre Récoltes, semis d’automne, entretien des haies fruitières Ateliers de transformation (pickles, confitures), portes ouvertes
Octobre-novembre Compostage des déchets végétaux, paillage d’hiver, plantation d’ail Célébration de la “fête de la soupe”, transmission du journal du jardin
Novembre-janvier Repos, fiches de bilan pour l’année, préparation du plan de culture Réunions sous abri chauffé, vote pour les aménagements futurs

Le rythme n’est jamais figé. Certains jardins partagés proposent même des veillées, projections ou lectures en extérieur dès que la météo le permet. La vie du jardin déborde vite sur celle du quartier tout entier.

Biodiversité cultivée et partagée

Loin de la seule quête du “bio”, le jardin partagé aux Vaites agit comme un véritable réservoir de biodiversité en ville, selon la logique défendue par France Nature Environnement. Parmi les pratiques mises en avant :

  • Création de zones refuges (tas de bois, mares, murets en pierres sèches)
  • Installation de nichoirs à oiseaux et hôtels à insectes
  • Favorisation des plantes locales et “mauvaises herbes” bienvenues pour les pollinisateurs
  • Présence de ruches urbaines, installées en partenariat avec des apiculteurs locaux
  • Diversification variétale (légumes oubliés, semences paysannes échangées lors des “troc graines”)

Ce n’est pas qu’un supplément d’âme. Les inventaires réalisés par la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO), en lien avec le projet "Sentinelles de la biodiversité", révèlent une progression des espèces recensées dans le quartier des Vaites depuis l’installation des jardins partagés : hérissons, mésanges, syrphes, coccinelles et même des lézards s’y sont réinstallés.

Transmission et accès : au-delà du simple jardinage

La dimension pédagogique et sociale occupe une place centrale. Les jardins servent d’espaces pour :

  • Des chantiers d’insertion pour des personnes en réinsertion professionnelle
  • Des ateliers intergénérationnels (travail du sol, fabrication d’hôtels à insectes, cuisine collective…)
  • L’accueil de classes scolaires de la maternelle au collège, dans le cadre de projets autour de la biodiversité ou de la transition écologique
  • Un espace sensoriel adapté aux personnes ayant un handicap
  • Des moments festifs ouverts à tous les habitants — faire connaissance, échanger, se conseiller

Cette ouverture facilite l’accès à l’agriculture urbaine, trop souvent perçue comme réservée à une élite ou à des passionnés experts. Ici, le mot d’ordre est l’accueil : chaque question, chaque main verte ou hésitante est la bienvenue.

Ancrage local et réseau

L’implantation des jardins partagés des Vaites ne peut se comprendre sans évoquer leur inscription dans un réseau plus large. Ils collaborent avec :

  • Le Réseau National des Jardins Partagés (le Jardin dans Tous ses États, JTSE)
  • La Maison de l’Écologie Urbaine de Besançon
  • Des maraîchers bios de la région (échanges de plants et de conseils, actions de “maraîchage citoyen”)
  • Les associations de quartier et le Collectif des Vaites

Ce fonctionnement connecté permet d’accueillir chaque année de nouvelles initiatives, d’expérimenter des solutions innovantes – comme le test du sol vivant avec introduction de vers composteurs ou la culture en lasagnes, ou encore de développer des projets de sensibilisation à la gestion de l’eau (en lien avec l’évolution du climat local, voir les rapports de Météo France). Plusieurs jardins partagés de Besançon figurent désormais dans l’Atlas national des jardins partagés.

Plus qu’un potager : une invitation à ralentir

Sous les pergolas des Vaites, entre fèves et cosmos, on entend parfois le bruit doux d’une pluie fine sur les feuilles, ou la discussion d’enfants qui observent, patiemment, une coccinelle gravir une tige de haricot. Ces instants, anodins en apparence, sont pourtant au cœur du fonctionnement d’un jardin partagé : ils disent la force du collectif, le retour à un temps plus lent et la volonté de retisser des liens avec la nature et ses voisins proches. Les jardins partagés des Vaites sont un laboratoire du “faire-ensemble”, accessible, vivant, où chacun peut reprendre contact avec la terre… et, chemin faisant, avec la patience, la joie simple, l’hospitalité d’un territoire vivant.

Sources : Mairie de Besançon (consultation d’actes publics), France Nature Environnement, Site du Réseau National des Jardins Partagés (JTSE), LPO, Atlas national des jardins partagés, Retours d’usagers (chantiers et assemblées 2022-2023).

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