Aux origines d’un quartier participatif : contexte et ambitions

L’écoquartier des Vaites est situé à l’est de Besançon, une ville pionnière dans l’expérimentation d’urbanismes alternatifs dès les années 2000. Inspiré par les démarches de développement durable amorcées dès 2005, le quartier s’est construit progressivement autour de principes forts :

  • Favoriser la mixité sociale
  • Réduire l’empreinte environnementale
  • Mettre les habitants au cœur du projet

Dès la phase de planification, les projets d’aménagement intègrent l’idée que le devenir du quartier se dessine avec les habitants, et pas pour eux. Le cahier des charges pilote, toujours accessible sur le site de la ville (Ville de Besançon), insiste sur la nécessité de réfléchir collectivement aux questions d’espaces verts, de mobilité, d’habitat et de lieux de rencontre.

Espaces partagés : plus que des lieux, des liens

Au cœur des Vaites, les espaces partagés dessinent la cartographie d’un nouvel art de vivre le quartier au quotidien. Ils ne se réduisent pas à de simples équipements : ils invitent à l’échange, favorisent la rencontre, déploient la convivialité.

Des jardins partagés à la biodiversité citadine

Parmi les initiatives les plus visibles et appréciées, les jardins partagés occupent une place singulière. En 2023, près de 2200 m² de surfaces cultivables ont été aménagés ou co-aménagés avec des collectifs locaux. Encadrés par l’association Jardins des Vaites, une antenne du Réseau National des Jardins Partagés, ces espaces sont de véritables creusets d’engagement citoyen. L'accès se fait via une charte, accessible à tous les habitants du quartier, favorisant les échanges de savoir-faire, de semences et d’outils.

  • 70 % des parcelles bénéficient d’un système de récupération d’eau de pluie collectif depuis 2022.
  • Les plantations privilégient plus de 25 espèces locales d’arbres et d’arbustes mellifères.
  • Des ruchers urbains, formant une micro-forêt nourricière, ont vu le jour sur un espace mutualisé.

Les jardins sont devenus des lieux de transmission : chaque saison, des ateliers autogérés (taille, compost, permaculture) rassemblent petits et grands, tout en sensibilisant à la faune locale (grenouilles, hérissons, abeilles sauvages).

Les placettes et cheminements doux comme scènes de voisinage

L’un des marqueurs forts du quartier est la proportion d’espaces publics dévolus à la circulation piétonne ou cyclable (près de 60 % du linéaire total ! Source : Ville de Besançon). Ces cheminements dessinent une trame verte et apaisée, ponctuée par des placettes, amphithéâtres de vie quotidienne où il fait bon s’arrêter.

  • Aires de repos ombragées équipées de mobilier co-conçu (bois localisé, réemploi de matériaux de chantier)
  • Boîtes à livres en libre accès
  • Poteries collectives réalisées lors des “Fêtes de quartier”

Les espaces piétons, reliés aux pistes de la Coulée Verte, constituent autant de couloirs écologiques que de lieux d’observation (fleurs, pollinisateurs) et d’échanges entre riverains.

La participation citoyenne, moteur d’innovation locale

La co-conception n’est pas qu’un slogan : elle a pris forme concrète aux Vaites, à travers une succession de démarches inédites à l’échelle bisontine.

Les ateliers citoyens et commissions thématiques

Avant même la construction des premiers logements, la ville a proposé des assemblées citoyennes ouvertes à tous : des “cafés-quartier”, des balades urbaines exploratoires et des ateliers de cartographie. En 2019, plus de 300 résidents ont participé à 2 cycles de co-conception concernant les espaces centraux, sous le pilotage du CAUE du Doubs (CAUE 25).

  • Les propositions citoyennes ont abouti à la création d’une plaine de jeux intergénérationnelle et d’une bambouseraie pédagogique.
  • Un collectif, “La Voix des Vaites”, a vu le jour pour suivre de près l’évolution du projet et relayer les initiatives des habitants.

Cette dynamique se prolonge encore : depuis 2021, la “Bourse aux projets de voisinage” distribue, chaque printemps, de petites enveloppes (jusqu’à 1 000 €) pour financer les idées collectives.

Valoriser l’expertise d’usage au quotidien

Une des particularités de l’aménagement participatif aux Vaites, réside dans la reconnaissance de l’expertise d’usage. Les retours d’usagers sont intégrés en continu par le biais de consultations régulières, recensées sur la plateforme “Concert’O” déployée par la métropole du Grand Besançon (Concert'O).

  • En 2022, 150 propositions citoyennes ont été déposées en ligne, dont la moitié traitait des questions d’équipements collectifs.
  • Un “jury d’habitants” sélectionne à bulletin secret les actions à tester dans le quartier-pilote.

Ce dialogue constant permet de réadapter, zone après zone, l’usage d’une placette, d’un espace de compostage ou encore la programmation d’un local partagé.

Des lieux ouverts, des usages pluriels

Mutualisation et flexibilité : les salles partagées aux multiples vies

Outre les espaces extérieurs, l’écoquartier des Vaites se dote progressivement de locaux partagés, entièrement gérés par la communauté. On y retrouve :

  • Un local pour ateliers manuels, utilisé pour la réparation de vélos et les bricolages collectifs
  • Une salle commune, réservée chaque semaine à un café des parents, mais modulable pour accueillir expositions, concerts, projections ou réunions d’associations
  • Un espace pour la garde partagée des enfants les soirs d’été

Ces équipements, attribués au prorata de la surface habitée et en fonction des projets, évitent la surconsommation et renforcent un sentiment d’appartenance. Depuis l’inauguration de la Maison des Habitants en 2022, on compte en moyenne plus de 350 passages chaque mois dans ces lieux ressources.

Espaces vivants, rythmes de quartier

L’animation des espaces partagés dessine un calendrier rythmé par de nouveaux rituels :

  • Marchés éphémères et bourses aux plantes
  • Soirées autour du compost et de l’autoproduction
  • Projections en plein air durant l’été, sur grand écran solvent alimenté par vélos-générateurs

Chaque évènement est l’occasion d’ouvrir davantage les espaces aux quartiers voisins, à l’échelle de la ville, tissant des réseaux d’entraide au-delà des seules limites des Vaites.

Des défis : cohabiter, préserver, inventer

Le développement des espaces partagés et de la participation citoyenne n’est pas exempt de défis. La cohabitation de différents publics (familles, retraités, étudiants, personnes en situation de précarité) demande de la diplomatie et parfois un accompagnement dans l’usage des lieux communs. La protection de la biodiversité locale, par exemple, impose des limites à l’artificialisation (pas de goudronnage inutile, maintien de bosquets spontanés), ce qui peut susciter l’incompréhension de certains usagers cherchant plus de « propreté » ou d’espaces lisses.

  • Des médiateurs associatifs facilitent les échanges lors des réunions publiques et ateliers d’usages.
  • La gestion des déchets, le bon usage des composts collectifs, ou le bruit lors des fêtes de quartier, sont des sujets récurrents.
  • Des ateliers de sensibilisation à la cohabitation écologique, animés par des écologues locaux, permettent d’anticiper les tensions.

L’expérience des Vaites montre cependant qu’avec du temps, des outils adaptés et une répartition claire des responsabilités, ces freins deviennent autant d’opportunités d’apprendre à vivre ensemble différemment.

Perspectives : et si l’espace partagé était la clef des villes de demain ?

L’écoquartier des Vaites n’est ni un modèle figé, ni un laboratoire parfait. Mais son aventure collective, nourrie d’essais et de tâtonnements, rappelle que l’innovation urbaine passe autant par les actes quotidiens et les liens tissés, que par la technicité des ouvrages ou la beauté des formes.

Ici, la qualité de vie s’invente à plusieurs mains, dans la diversité des gestes, des voix et des usages. L’espace partagé n’y est pas seulement une surface, mais une promesse : celle d’une ville où les habitants sont auteurs, et non plus seulement usagers, de leur environnement.

Pour s’inspirer ou tout simplement passer voir, les chemins des Vaites restent ouverts à tous ceux qui souhaitent réapprendre la ville, la campagne en ville, ou imaginer des façons inédites d’habiter ensemble.

Sources citées dans l’article :
  • Ville de Besançon, Dossier de l’écoquartier des Vaites : www.besancon.fr
  • Réseau National des Jardins Partagés : www.jardins-familiaux-urbains.fr
  • CAUE du Doubs : www.caue25.org
  • Grand Besançon Métropole – Plateforme Concert’O : www.grandbesancon.fr/participation/concert-o/

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