Une terre fertile au cœur de Besançon : portrait d’un quartier en éveil

Toucher la terre. Observer, d’un printemps l’autre, la repousse des fèves, la rotation des cultures, le secret des composteurs cachés sous les arbres. Aux Vaites, le rapport aux espaces cultivés n’a rien d’éthéré : il s’éprouve au quotidien, dans la diversité des usages et dans les débats qui animent le quartier. Situés à l’est de Besançon, au croisement de la ville et de la campagne, les Vaites abritent encore aujourd’hui plus de 30 hectares de terres arables, potagers urbains, vergers collectifs et espaces en friche (source : France Bleu).

Ces espaces, précieux et menacés à la fois, racontent l’histoire d’un quartier en mutation. Mais alors, comment ses habitants perçoivent-ils, aujourd’hui, le futur de ces terres cultivées ? Entre souvenirs du passé, mobilisation citoyenne et attente d’un urbanisme différent, le paysage des Vaites se dessine en creux, peuplé de récits, de préoccupations, mais aussi de promesses.

La mémoire des jardins : attachement et transmission

Si l’on interroge les habitants, un mot revient souvent : héritage. Certains cultivent ici la parcelle familiale depuis plusieurs décennies. D’autres sont venus plus tardivement, attirés par la possibilité de jardiner à deux pas de leur appartement, ou par l’émergence d’initiatives comme les "incroyables comestibles".

  • 63 % des habitants consultés dans le cadre de l’enquête municipale de 2022 se disent attachés à la préservation des terres cultivées (source : Mairie de Besançon).
  • Pour beaucoup, ces espaces sont des lieux de rencontres intergénérationnelles et de transmission de savoirs.
  • Les plus anciens évoquent la résistance face à l’étalement urbain et la crainte d’une disparition irréversible des terres nourricières en ville.

"Aux Vaites, la terre c’est une mémoire partagée, une façon de faire corps avec le quartier. Y renoncer, ce serait perdre notre identité", confie Odile, jardinière depuis 1983.

Urbanisme et transition : un terrain d’incertitudes

Depuis une quinzaine d’années, le quartier vit au rythme des projets d’aménagement qui bousculent les usages. Le projet d’écoquartier lancé en 2009 a suscité de nombreux espoirs, mais aussi des craintes. Plusieurs collectifs d’habitants, comme le "Collectif Vaites", se mobilisent pour préserver les terres agricoles restantes, parfois menacées par l’extension du bâti (Reporterre).

  • Les attentes : concilier logements accessibles, infrastructures publiques et protection des espaces cultivés ; imaginer des jardins partagés au cœur des nouveaux quartiers.
  • Les inquiétudes : bétonnage progressif, artificialisation des sols, risques pour la biodiversité, augmentation du ruissellement.
Année Surface cultivée (ha) Nombre de parcelles collectives
2000 40 55
2010 35 49
2021 30 46

Données issues de la Direction de l’Urbanisme, Ville de Besançon.

Des espaces cultivés qui évoluent au rythme des habitants

Une certitude s’impose : les usages des espaces cultivés aux Vaites ne sont pas figés. On y croise des jardiniers partageant graines et boutures lors des trocs printaniers, des collectifs montants des ateliers de permaculture, des familles découvrant les ruches pédagogiques du quartier. La diversité des profils nourrit une mosaïque d’attentes :

  • Porteurs de projets agricoles expérimentant des cultures de légumes anciens ou d’aromatiques en hors-sol ;
  • Habitants soucieux de renforcer la biodiversité, qui privilégient les haies-vivantes, prairies fleuries, et refuges pour insectes ;
  • Collectifs solidaires réunissant des habitants éloignés de l’emploi ou en quête d’insertion autour du maraîchage urbain.

Certains espaces font aussi figure de laboratoire : sur une parcelle autrefois délaissée, un petit groupe a implanté un micro-potager de quartier avec 12 espèces différentes, dont des variétés oubliées, en accès libre. Ce projet, impulsé par l’association Coccinelle des Vaites, est aujourd’hui un lieu de rencontres, d’échanges de recettes autant que de boutures.

Vers une gouvernance partagée ?

Depuis 2018, suite à la forte mobilisation autour des terres cultivées, la question de la gouvernance des espaces verts et des jardins partagés a émergé. Des dispositifs s’expérimentent : conventions annuelles entre associations et mairie, comités de quartier ouverts, concertation sur le PLUi (Plan Local d’Urbanisme intercommunal).

  • La Ville met en avant le développement de "jardins à la carte", où chaque habitant peut proposer un projet ou coconstruire une parcelle collective (source : Ma Commune Info).
  • L’instauration de forums participatifs ravive parfois les débats, mais offre aussi un espace de dialogue apaisé sur les nouveaux usages à imaginer : zones de cueillette, ateliers pédagogiques, ruchers urbains, micro-fermes, espaces pour l’alimentation solidaire.
  • La question de l’eau, des ressources et de la cohabitation avec l’habitat reste vive, et plusieurs expérimentations, comme l’irrigation en goutte-à-goutte ou les composteurs collectifs, sont en cours d’évaluation.

Les espaces cultivés : un levier pour la transition écologique locale

Le quartier des Vaites illustre concrètement la capacité des espaces cultivés à jouer un rôle de levier dans la transition écologique locale. Au-delà de la production vivrière (près de 7 tonnes de légumes produits par an selon l’association Les Pousses du Doubs), ces lieux génèrent de multiples externalités positives :

  1. Réduction des îlots de chaleur urbains : les surfaces cultivées maintiennent la fraîcheur en été, régulent naturellement le microclimat (source : INRAE).
  2. Préservation de la biodiversité : plus de 120 espèces végétales répertoriées, dont 15 patrimoniales selon une étude de 2020 menée par FNE Bourgogne-Franche-Comté.
  3. Sensibilisation à l’alimentation durable : plus de 800 enfants sensibilisés chaque année grâce aux ateliers scolaires et visites de jardins.
  4. Renforcement du lien social : ateliers intergénérationnels, moments festifs autour des récoltes, actions solidaires…

Mais ces bénéfices ne tiennent que si la place des terres cultivées est reconnue et consolidée dans l’aménagement urbain comme dans l’imaginaire collectif du quartier.

L’avenir : entre rêves, vigilance et créativité citoyenne

Interroger l’avenir des espaces cultivés aux Vaites, c’est prêter l’oreille à une polyphonie de voix : celles qui rêvent de voir un quartier nourricier où chaque fenêtre ouvrirait sur un jardin, celles qui s’inquiètent pour la transmission des terres et la place du vivant au cœur de l’urbain, celles qui proposent déjà des solutions locales.

Que deviendront les Vaites dans dix ans ? Les habitants, dans leur diversité, semblent ouverts à l’innovation pour préserver la trame cultivée : jardins partagés ouverts à tous, micro-fermes pédagogiques, projets associatifs, pratiques agricoles régénératrices… Mais ils rappellent que chaque mètre carré de terre gagnée sur la ville l’est aussi parfois sur le vivant.

Dans ce quartier en transition, l’avenir des espaces cultivés paraît encore incertain, mais se construit jour après jour, par la mobilisation, la concertation et l’inventivité. Ici, la terre inspire encore, et le cœur bat au rythme des saisons, sous le regard engagé et bienveillant de ceux qui l’habitent.

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