Quand la terre s’invite en ville : un contexte aux multiples enracinements

La présence de jardins partagés dans les Vaites n’est pas une nouveauté. Dès les années 1970, on en trouve ici et là, souvent en bordure de ville, portés par des associations ou de simples initiatives de voisinage. La particularité du quartier, c’est cette tradition jardinière qui s’est enracinée dans la culture du lieu, avant même que l’on parle « d’écoquartier », d’agriculture urbaine ou de résilience alimentaire.

Aujourd’hui, la notion d’agriculture urbaine irrigue la réflexion sur le projet des Vaites. Elle dépasse les simples bacs à salades : c’est toute une mosaïque de petits espaces – jardins partagés, micro-fermes, vergers associatifs, composts collectifs – qui fait germer un nouveau rapport à la ville (source : Caisse des Dépôts, 2021).

Pourquoi jardiner ensemble ? Valeurs et impacts collectifs

Cultiver en ville n’est jamais anodin. Aux Vaites, le choix de valoriser agriculture urbaine et jardins partagés répond à plusieurs aspirations, toutes très concrètes :

  • Renforcer la cohésion sociale : les jardins partagés favorisent la rencontre entre tous les âges, origines et milieux. Ils sont devenus des lieux de transmission, d’échanges de pratiques et de seeds (graines bien sûr, mais aussi idées, sourires, astuces).
  • Soutenir la biodiversité urbaine : alors que Besançon porte l’ambition de ville-nature, ces îlots verts offrent refuge aux pollinisateurs, oiseaux, hérissons… La Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) a recensé plus de 50 espèces d’oiseaux dans les espaces verts du quartier (LPO, 2022).
  • Favoriser l’autosuffisance alimentaire locale : même si l’objectif n’est pas de nourrir tout Besançon, produire en ville (fruits, légumes, herbes) contribue à une forme d’autonomie et sensibilise à une alimentation de saison, moins dépendante des circuits longs.
  • Réinventer la participation citoyenne : la gestion collective des espaces verts permet aux habitants de s’impliquer concrètement dans la vie du quartier, de s’approprier les espaces autrement qu’en simple locataires ou passants.

Les espaces cultivés sous toutes leurs formes aux Vaites

Jardins partagés : la convivialité en terre fertile

Le cœur battant de l’agriculture urbaine aux Vaites, ce sont ces jardins collectifs, installés au fil du temps grâce à des associations dynamiques comme Les Incroyables Comestibles Bisontins ou l’Association des Jardins Ouvriers des Vaites. On y trouve :

  • Des parcelles individuelles allouées à chaque famille ou binôme, cultivées sans produits chimiques ;
  • Des espaces collectifs (compost, bacs pédagogiques, coin aromatiques) ouverts à tous, et souvent à ciel ouvert lors des portes ouvertes et fêtes des récoltes ;
  • Des ateliers réguliers (semis, taille, permaculture), parfois ouverts aux écoles du quartier.

Ces lieux ne sont pas seulement cultivés, ils sont aussi « habités » : on y organise des pique-niques, des lectures, parfois même des veillées, comme en témoignent les initiatives portées depuis 2020 lors des « Fêtes de la nature ».

Composts collectifs et micro-fermes : des cercles vertueux

Aux abords des jardins, plusieurs bacs de compostage permettent aux habitants de déposer épluchures et résidus végétaux. Ces composts, gérés par des bénévoles ou en partenariat avec le Grand Besançon Métropole, fournissent de l’engrais naturel pour les cultures du quartier, en limitant le recours aux déchets verts municipaux (Grand Besançon Métropole).

La création, en 2022, d’une micro-ferme pédagogique au sud de l’écoquartier, gérée par une association locale, a aussi marqué les esprits. Là, on teste des cultures peu consommatrices d’eau, on accueille des scolaires pour des animations, et on expérimente des alliances légumes-fleurs-plantes médicinales suivant les principes de l’agroécologie.

Quelques chiffres marquants

Indicateur Valeur / Information Source
Surface totale de jardins partagés près de 14 000 m² Ville de Besançon
Nombre d’emplacements jardinés environ 120 Associations locales, 2023
Quantité de déchets compostés / an plus de 12 tonnes Grand Besançon Métropole, 2022
Espèces animales observées + de 50 (oiseaux, pollinisateurs, hérissons, etc.) LPO, 2022

Des initiatives qui changent la ville : focus sur quelques projets emblématiques

  • La Fête de la Tomate : chaque septembre, un rendez-vous organisé à l’ombre des cabanes de jardin. Au programme : ateliers de cuisine, trocs de graines, dégustations, conseils sur la gestion de l’eau… Un temps fort pour tisser des liens et sensibiliser petits et grands.
  • Le jardin des écoles : plus de 200 enfants des établissements du quartier ont participé, l’an passé, à des ateliers mains dans la terre. Un espace conçu pour transmettre, dès le plus jeune âge, l’importance de la biodiversité et du cycle des saisons.
  • Les circuits courts : plusieurs légumes produits ici alimentent les marchés et épiceries bio du secteur. Initiative modeste mais formatrice, elle montre qu’une autre logique de consommation est possible, même à l’échelle d’un quartier.

Des défis et des questions à cultiver ensemble

Derrière cette dynamique foisonnante, l’agriculture urbaine et les jardins partagés ne sont pas sans défis : raréfaction des fonciers, tension avec les projets immobiliers, équilibre entre espaces cultivés et espaces « naturels », implication des plus jeunes générations…

La crise climatique impose aussi de repenser certaines pratiques : adapter les cultures, stocker l’eau de pluie, choisir des variétés rustiques, renforcer les coopérations avec la ceinture maraîchère bisontine (les « Jardins Bisontins », par exemple, situés à la périphérie immédiate du quartier).

  • Un enjeu d’inclusion : la question de l’accessibilité – pour les personnes à mobilité réduite, les familles modestes, ou les nouveaux arrivants dans le quartier – reste centrale.
  • Une gouvernance locale : la cogestion associative et citoyenne de ces lieux fait la force du projet, mais suppose aussi dialogue et adaptabilité fréquents avec les pouvoirs publics.

Autre horizon fertile : imaginer plus de passerelles pédagogiques, d’ateliers intergénérationnels, voire d’actions avec les maisons de retraite et les pôles éducatifs voisins.

Penser l’avenir : l’inspiration du modèle Vaite pour la transition urbaine

Ce qui se vit dans l’écoquartier des Vaites n’a rien d’une bulle isolée. En France, les expériences de ce type foisonnent – de Lyon (Terre d’Adèle) à Strasbourg (Jardin de la Montagne Verte), en passant par Paris et ses permacultures d’arrondissement (ADEME, 2022). Mais ici, le dialogue constant entre anciens jardiniers, nouveaux arrivants, scolaires et associations offre une saveur particulière aux récoltes du quartier.

Aux Vaites, la terre apprend la patience, le collectage, l’adaptation. C’est aussi un levier discret mais puissant pour fabriquer de la ville autrement : plus poreuse à la nature, plus solidaire, plus attentive à la diversité de ses habitants. Ce chemin, commencé il y a plus de trente ans, ne demande qu’à grandir, à s’enrichir au fil des mains qui passent et des saisons qui tournent. La terre ne ment pas, dit-on souvent. Mais, en ville, elle a appris, aussi, à raconter beaucoup plus que de simples légumes : elle parle de liens, de transmission, de filialités invisibles et pourtant si essentielles à une transition écologique concrète et désirable.

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