Le grand récit de la mobilité douce à Besançon

On connaît la topographie particulière de Besançon : ville vallonnée, ceinturée d’eau, héritière d’un formidable patrimoine fortifié et arboré. Cela crée une toile urbaine à la fois complexe pour les déplacements motorisés… et étonnamment propice à la mobilité douce, pour peu qu’on s’y penche.Ce n’est pas un hasard si la métropole (Grand Besançon) s’est donné pour objectif, dans son Plan de Déplacements Urbains (PDU) 2021-2031, d’atteindre d’ici 2031 : 15 % des déplacements quotidiens effectués à vélo (Grand Besançon). Aujourd’hui, ce chiffre tangue autour de 6 à 8 %. Un chiffre modeste comparé à des villes comme Strasbourg (16%), mais qui place déjà Besançon parmi les bonnes élèves françaises.

  • 200 km d’aménagements cyclables au sein de la métropole
  • Une augmentation de près de 80 % du trafic vélo en 10 ans (INSEE, 2023)
  • Près de 150 km de “liaisons douces” intégralement piétonnes ou mixtes
  • Près de 10 liaisons principales entre centre-ville, quartiers et sites naturels périphériques

La mobilité douce, ici, n’est pas qu’un supplément d’âme écologique. C’est une mécanique urbaine nouvelle qui façonne le visage de la ville : plus fluide, plus inclusive, plus résonnante avec le vivant, de la Boucle jusqu’aux quartiers neufs comme les Vaites.

Des réseaux cyclables qui cousent la ville : état des lieux et défis

Un maillage en pleine densification

La ville a longtemps souffert d’un réseau cyclable en taches de léopard, entre voies sur trottoir, pistes isolées et portions sur route calme. Mais depuis 10 ans, la part belle est donnée à la continuité : pistes bidirectionnelles sécurisées (ex : avenue de la Gare-d’Eau, avenue François-Mitterrand), voies partagées de type “chaucidou” (chaussée à voie centrale banalisée), outils de signalétique et nouvelles liaisons. On remarque notamment :

  • L’axe cyclable Nord-Sud : qui longe le Doubs puis grimpe sur les hauteurs, reliant Planoise, La Boucle, les Vaites puis Palente.
  • Des connexions directes à la gare Viotte et pôle multimodal, améliorant la compatibilité vélo-train-bus.
  • La “voie des Mercureaux”, l’un des rares accès cyclables continus entre cœur de ville et forêt de Chailluz.
  • Une attention accrue aux quartiers neufs, dont les Vaites, pensés pour “ouvrir” au vélo — avec circulation pacifiée, stationnements dédiés, et liens vers les axes existants.

La réalité concrète : confort et usages

Les associations locales, telles que Vélo Besançon, pointent souvent la disparité du niveau de confort selon les axes, et le problème critique du “dernier kilomètre” : liaisonner harmonieusement la piste principale au pas de porte d’un commerce ou d’une école reste un enjeu. Pourtant, la fréquentation grimpe, y compris par temps froid ou pluvieux, témoignage d’un vrai changement d’habitude.

Quelques faits marquants :

  • La part des personnes utilisant régulièrement le vélo pour “aller travailler” a doublé à Besançon en 12 ans (8 % contre 3,8 % au niveau national – source INSEE 2020).
  • Près de 20 % des habitants du cœur de ville déclarent s’y déplacer le plus souvent “à vélo”.
  • Depuis 2019, plus de 6 000 abonnements annuels à Vélocité, le service de location longue durée de la Grande Besançon (Ginko).

Les continuités piétonnes : le fil invisible du quartier

Redéfinir la marche, au cœur du quotidien

À Besançon comme ailleurs, la marche souffrait de petites ruptures : rue trop chargée, passages-piétons mal placés, routes à traverser sans protection… Les aménagements récents, particulièrement dans les écoquartiers, repensent la place du piéton : ici, la rue principale peut passer derrière une placette. Là, les “venelles vertes” et traversées végétalisées cousent ensemble les poches habitées, les écoles, les jardins, les espaces collectifs et la nature du Grand Besançon.

L’exemple des Vaites

  • Un réseau de cheminements piétons traversant le quartier du nord au sud et d’est en ouest, quasi-exclusif (zones de rencontre limitées à 20 km/h, priorité piétonne).
  • Des liaisons directes vers les équipements scolaires, les jardins collectifs, les arrêts de tram et les lisières boisées.
  • Des prolongements vers la forêt de Chailluz, les promenades du Doubs et la coulée verte départementale.

Des continuités pour tous les âges

Aux Vaites comme ailleurs, les habitants saluent la sécurité accrue : trottoirs larges et bien dégagés, absence de ressauts, bancs pour la pause, fontaines, croisements animés par des espaces de jeux ou du mobilier urbain soigné. Le sentiment d’autonomie pour les enfants et les personnes âgées s’accroît : aller chercher son pain, rejoindre la médiathèque, ou retrouver la classe, tout cela se fait à pied, sereinement.

Quand vélo et marche s’entremêlent : expériences, inspirations et leviers à Besançon

Tableau comparatif des aménagements majeurs depuis 2015

Aménagement Type Kms réalisés Effet constaté
Axe cyclable Gare Viotte – Les Vaites Piste bidirectionnelle 2,7 +30 % trafic vélo (2019-2023)
Chemin vert Vaites – Forêt de Chailluz Liaison piétonne/partagée 1,5 Usages quotidiens familles et sorties scolaires
Voie cyclable Boucle – Battant Voie feu séparé 1,3 Raccourci sécurisé, passage piéton/vélo accru

Anecdotes et vécus du quartier

  • Pendant les grèves de transports en hiver 2023-2024, la piste cyclable reliant la gare à la ZAC des Vaites a vu son trafic doubler, d’après les capteurs du Grand Besançon.
  • Le groupe des “petits randonneurs urbains”, relais associatif local, emmène chaque mercredi des écoliers arpenter le quartier à pied, découvrant faune, arbres fruitiers, ou simple plaisir de la marche libre.
  • Plusieurs habitants ayant vendu leur voiture témoignent d’une organisation nouvelle : usage central du vélo-cargo ou du vélo à assistance électrique (VAE) au quotidien, fini les embouteillages, parfois une logistique partagée à l’échelle d’un immeuble pour l’acquisition de vélos familiaux.

Freins, attentes et envies d’avenir

L’essor de la mobilité douce ne se fait pas sans crispations. Parmi les difficultés relevées par les habitants et les associations :

  • Les coupures temporaires de certaines voies dues à des travaux.
  • Une signalétique parfois jugée trop discrète.
  • Le partage vélo/piéton sur certains tronçons : enjeu de respect mutuel, nécessité de clarifier les règles (ex : avenue de l’Observatoire).
  • L’accès sécurisé aux zones excentrées ou enclavées — des “trous noirs” pour la mobilité à pied ou en vélo (ex : jonction Vaites – Parc technologique Témis).

Projet phare à venir : la requalification de la route de Marchaux avec aménagement cyclable et piéton continu — un chaînon manquant pour raccorder davantage le quartier des Vaites au reste de la ville.

Vers un quartier-vitrine de la mobilité douce à Besançon ?

Entre modules pédagogiques sur la mobilité active, journées d’actions citoyennes pour repenser les usages, et développement du vélo électrique, les Vaites s’essaient à un mode de vie plus fluide et partageable. Ce n’est certes pas parfait, mais chaque nouveau parcours, chaque nouvelle habitude tisse ce territoire en mouvement.

Besançon s’affirme peu à peu comme un territoire pilote, où l’ambition de ville durable s’incarne concrètement à chaque nouveau pas ou chaque nouveau tour de roue. Même si le territoire ne ressemble pas tout à fait à un “petit Amsterdam”, l’expérience vécue dans les rues apaisées, les chemins buissonniers et les places animées laisse entrevoir un nouvel équilibre, invitant à retrouver la ville à hauteur d’homme et d’enfant. Les réseaux cyclables et les continuités piétonnes ne sont ni accessoires, ni gadgets : ils composent la nouvelle partition de nos quotidiens urbains, des rives du Doubs aux chemins des Vaites.

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