Explorer les Vaites à pied ou à vélo : la topographie d’un renouveau urbain

Se promener dans le quartier des Vaites, c’est longer de jeunes arbres en devenir, croiser le chemin d’adolescents sur des trottinettes, apercevoir un voisin en course matinale, ou des familles, casques vissés sur la tête, enfourchant leur vélo pour rejoindre le centre-ville. Ce paysage n’est pas le fruit du hasard : depuis près d’une décennie, Besançon et ses habitants ont engagé une métamorphose profonde de leur rapport à la mobilité. Les connexions piétonnes et cyclistes y jouent un rôle clef, tissant un réseau vivant et accessible qui transforme peu à peu les usages, les rythmes et même la perception du quartier.

L’évolution des infrastructures : du parcours du combattant à l’évidence du déplacement doux

Jusqu’aux années 2000, circuler à vélo ou à pied dans les quartiers périphériques de Besançon relevait parfois de la gageure. Voies manquantes, pistes cyclables interrompues, passages dangereux… Les Vaites n’échappaient pas à ces écueils : le quartier, autrefois en marge, se heurtait aux coupures routières et aux friches peu engageantes. Mais sous l’impulsion du plan “Besançon : Ville Cyclable” et de la démarche plus large de “Ville à énergie positive”, la donne change.

  • 2010-2015 : émergence de pistes vélo continues du quartier vers le centre - Source : Ville de Besançon
  • Depuis 2018 : création de cheminements piétonniers, nouveaux accès aux écoles, passerelles douces traversant la D683 et la Savoureuse
  • 2022 : ouverture du “sentier des Vaites”, reliant le quartier à la forêt de Chailluz, offrant 2,5 km de promenade sécurisée

Au fil de cette évolution, la frontière entre le quartier et le reste de la ville s’estompe doucement.

Des chiffres qui parlent : impacts mesurables des connexions douces

Au-delà de la simple observation, les chiffres appuient la transformation en cours. Besançon, cité par le Baromètre des villes cyclables 2023 (FUB), enregistre une augmentation de +52 % des déplacements à vélo entre 2015 et 2022. Plus localement, une enquête menée auprès des habitants des Vaites en 2022 indique que :

  • 68 % des ménages du quartier déclarent utiliser au moins une fois par semaine les cheminements doux pour se rendre à l’école ou au travail
  • 45 % optent prioritairement pour la marche ou le vélo pour les trajets inférieurs à 3 km
  • 25 % ont réduit l’usage quotidien de la voiture depuis l'amélioration des liaisons douces (source : Enquête “Mobilités Vaites”, Mairie de Besançon, octobre 2022)
Moyens de déplacement principaux % avant 2018 % après 2022
Voiture 60 % 44 %
Vélo 14 % 28 %
Marche à pied 21 % 24 %
Transports en commun 5 % 4 %

Les chiffres dessinent ainsi un basculement, discret mais profond, dans les habitudes de mobilité.

L’effet sur la vie quotidienne : apaisement, sécurité, redécouverte du temps long

Les connexions piétonnes et cyclistes ne font pas que déplacer les habitants. Elles repeuplent l’espace public et redonnent une place à l’imprévu dans la ville. L’allée entre les rues de Belfort et de la Forêt, par exemple, réunit enfants, joggeurs, « promeneurs-bavards », et familles qui s’arrêtent sur un banc pour observer les mésanges. Les occasions de croiser un voisin ou d’échanger quelques mots se multiplient simplement parce qu’on prend le temps de marcher.

  • L’accès direct à la forêt de Chailluz favorise les pauses ressourçantes et encourage la pratique du “bain de forêt”, reconnue pour ses bienfaits sur la santé mentale (INRAE).
  • La sécurisation des traversées ralentit la circulation automobile sur certains axes, rendant la cohabitation plus sereine et favorisant l’autonomie des enfants dès leur plus jeune âge.
  • La baisse de la part de la voiture améliore la qualité de l’air : depuis 2015, la concentration moyenne annuelle de NO₂ a diminué de 15 % dans le quartier (source : Atmo Bourgogne-Franche-Comté).

Les nouveaux tracés transforment ainsi le quartier en un espace apaisé, où le temps n’est plus systématiquement dominé par la vitesse.

Quels freins persistent ? Restent-ils des “angles morts” de la mobilité douce ?

Si la dynamique est positive, il demeure certains points d’ombre. Les personnes à mobilité réduite signalent encore des difficultés – notamment sur les portions pavées ou lors de dénivelés importants. La question de la sécurité nocturne revient régulièrement, en particulier sur les tronçons moins fréquentés.

  • Des intersections “chicanes” inadaptées à certains vélos-cargos
  • Manque de stationnement vélo sécurisé près des commerces et équipements sportifs
  • Accessibilité perfectible pour les poussettes et fauteuils roulants sur certains parcours historiques

Ces sujets restent au cœur des échanges avec la Ville, souvent sollicitée lors de réunions de quartier ou par le biais d’associations comme VéloCité Besançon. La vigilance citoyenne demeure essentielle pour pousser l’amélioration, au fil des usages et du temps.

Apprendre de l’ailleurs : inspirations européennes et initiatives locales

Les Vaites ne sont pas une exception dans la tendance européenne qui place la marche et le vélo au sommet des priorités urbaines. Les villes de Strasbourg, Grenoble, mais aussi Copenhague ou Freiburg, servent de sources d’inspiration, notamment pour :

  1. La continuité des parcours cyclables, sans ruptures
  2. La création de “rues aux enfants” : espaces piétons temporaires autour des écoles
  3. L’intégration des trams et bus avec un stationnement vélo systématique

Besançon s’en inspire à petites touches : les “coeurs de quartier” partagés, le balisage rendant le plan vélo lisible, les ateliers d’auto-réparation ou encore la valorisation de l’écotourisme, via le balisage des itinéraires de découverte des espaces verts.

Façonner collectivement le futur des mobilités dans les Vaites

La force des connexions vélo et piétonnes ne réside pas uniquement dans l’infrastructure. Leur succès est aussi affaire de culture, d’apprentissage, de vivre-ensemble. Le quartier des Vaites témoigne ainsi d’un mouvement où chacun met la main à la pâte : groupes d’adolescents qui “réparent” les petits boulots de voirie après les tempêtes, résidents proposant de nouvelles liaisons lors d’ateliers participatifs, commerçants installant des pompes à vélo devant leurs boutiques…

Les liens se créent entre les générations, invitant à imaginer de nouvelles mobilités. Là où la ville était parfois pensée pour la séparation des usages, la diversité des modes de déplacement tisse aujourd’hui, pas à pas, une mosaïque vivante — et donne le goût d’habiter autrement son quartier.

Élargir nos horizons, dans un quartier toujours en mouvement

Les Vaites s’affirment comme un exemple silencieux mais tenace de la mobilité quotidienne repensée. Si les contraintes du quotidien ne peuvent jamais totalement s’effacer, l’invitation à flâner, pédaler, musarder entre bitume et frondaisons façonne chez les habitants une relation renouvelée à leur environnement. Les connexions douces, dans leur simplicité, ne sont ni gadgets ni utopies : elles dessinent, progressivement, la ville désirable imaginée par tant de citadins. Comme souvent, c’est d’abord dans la pratique quotidienne, dans la solidarité des usages, que renaît l’idée même de “quartier vivant”.

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