À chaque sol, sa méthode : diversité des techniques de culture durable

Dans les Vaites, impossible de parler d’une seule méthode : le quartier est à l’image des mains qui le travaillent, pluriel. L’approche durable relie cependant ces initiatives par un fil commun : respecter et régénérer la terre, économiser les ressources, créer des écosystèmes nourriciers et autonomes.

  • Permaculture : Bien plus qu’un mot tendance, la permaculture propose une organisation intelligente de l’espace. Le jardin partagé de la rue Jean Wyrsch en est un exemple animé : buttes de culture surélevées, associations de plantes mutualistes (tomates, basilic, œillets d’Inde…), zones de biodiversité laissées « en friche », paillage organique systématique pour garder la fraîcheur et limiter l’arrosage. Inspirée par la nature, la permaculture imite ses mécanismes, favorise les cycles courts, la diversité et l’observation avant l’action. Sources : Permaculture Magazine, Terre Vivante
  • Agroécologie : Cette approche, défendue notamment par l’INRAE et des collectifs militants, place la santé du sol au centre de tout. Dans les Vaites, elle s’incarne dans le refus des engrais chimiques et des pesticides, le semis de couverts végétaux (phacélie, moutarde blanche) pour enrichir la terre, ou encore l’organisation en planche permanente pour réduire le tassement du sol. Les micro-organismes du sol sont nos alliés, et le sol vivant n’est jamais laissé nu.
  • Culture en lasagnes et bacs surélevés : Adaptation pragmatique à la faible profondeur de certaines terres urbaines. Ici, on superpose couches de déchets bruns (carton non imprimé, feuilles mortes), verts (tontes, restes de légumes), compost, terre légère et paillis. Solution idéale pour les espaces réduits, elle multiplie la productivité et limite la tâche du jardinage pour les personnes âgées ou à mobilité réduite. Sources : « Cultiver en lasagne », Terre & Humanisme
  • Compostage collectif : Point névralgique de bon nombre de jardins partagés, le compostage permet de boucler la boucle des déchets. Aux Vaites, sept sites de composteurs de quartier ont été installés depuis 2017 grâce à la mobilisation associative (cf. l’initiative « Les Composteurs du Quartier », relayée par la Ville de Besançon). Ici, 1 tonne de biodéchets retournée chaque année à la terre ! Sources : Ville de Besançon, Rapport ADEME sur la gestion de biodéchets urbains

Agriculture urbaine et résilience écologique : pourquoi ces choix ?

Dans le contexte des Vaites, l’intérêt de ces techniques ne tient pas qu’à leur rendement. Plusieurs enjeux convergent :

  • Lutte contre l’artificialisation des sols : 10 % du territoire de nouveautés urbaines de Besançon a été gagnée sur des espaces naturels entre 2000 et 2020 (INSEE). Les micro-fermes urbaines, jardins familiaux et collectifs sont des refuges vitaux pour les sols vivants.
  • Gestion de l’eau : Au-delà du « zéro arrosage » prôné par la permaculture, des techniques comme la récup’ de l’eau de pluie, l’installation de jarres d’irrigation (ollas), ou le paillage systématique permettent de traverser les épisodes de sécheresse estivale, expérimentés dès 2023 (Météo-France).
  • Préservation de la biodiversité : Par la mosaïque des cultures, l’utilisation de plantes mellifères, la tolérance aux espèces spontanées, on attire pollinisateurs, oiseaux, hérissons, amphibiens, essentiels au bon équilibre du jardin comme de la ville.
  • Lien social et transmission : Ateliers « semis », chantiers collectifs, troc de graines ou de plants : ici, la production va de pair avec l’envie de créer du lien et d’apprendre ensemble. Les chiffres parlent : 62 % des participant·es interrogés en 2022 par la Maison de l’Environnement des Vaites citent la convivialité comme 1ᵉʳ motif de participation à un jardin partagé.

Zoom sur quelques pratiques emblématiques aux Vaites

Le paillage, ou le sol jamais nu

Dans chaque espace cultivé, on retrouve une épaisse couche de paille, de broyat de branches, de feuilles mortes ou de foin. Cette technique, redécouverte (et parfois redéfiée lors des épisodes humides), limite la pousse des herbes indésirables mais surtout protège la vie souterraine. À noter : des expériences d’utilisation de fibres textiles recyclées (vieux draps non teints) sont testées sur certaines buttes expérimentales du quartier.

L’aquaponie : encore marginale, mais prometteuse

Depuis 2022, deux petits modules d’aquaponie ont été installés dans des foyers et au sein du lycée Pergaud : il s’agit de bassins où poissons et plantes cohabitent dans un circuit fermé, les déjections des poissons servant d’engrais aux végétaux, qui filtrent à leur tour l’eau. Ce système, très économe en espace et en eau (jusqu’à -90 % par rapport à l’arrosage classique, chiffres FAO), commence à attirer l’attention des lycéens sur les enjeux de durabilité alimentaire.

Maraîchage bio-intensif : la fourche et la créativité

La micro-ferme urbaine inspirée du modèle de Jean-Martin Fortier (Québec) s’est essayée en 2021 sur une bande de 120 m² rue des Cras : succession rapide de cultures courtes (radis, laitues, mesclun), semis direct pour réduire le travail du sol, planification au cordeau… Résultat : jusqu’à 6 récoltes annuelles sur certains espaces, tout en renonçant aux intrants chimiques. Source : Guide pratique « Le jardinier-maraîcher », Éditions Écosociété.

Culture verticale et hors-sol : l’astuce des balcons bisontins

Les balcons des immeubles, tout comme les espaces en pied d’arbre des rues, ne sont pas en reste : sacs de croissance, poches de substrat naturel maintenues par des structures en palettes recyclées ou, plus artisanal encore, bouteilles retournées pour faire pousser fraisiers et aromatiques. Une solution pour ceux qui veulent jardiner sans jardin tout court.

TechniqueAvantages principauxSpécificités / Limites
Permaculture (buttes, associations, paillage) Sol protégé, arrosage limité, diversifié, résilient Mise en œuvre initiale et apprentissage nécessaires
Agroécologie (sol vivant, absence chimie) Protection biodiversité, autonomie locale Dépend de l’implication collective
Culture en lasagne / bacs surélevés Pratique, plus accessible / productif, moins d’effort Besoin d’approvisionnement en matière organique
Compostage partagé Valorisation déchets, enrichit le sol Gestion communautaire parfois délicate
Aquaponie Économe en eau, éducatif, productif sur petite surface Coût initial, demande d’entretien technique

Une dynamique collective, au-delà de la culture du sol

Plus que dans la terre, la durabilité puise ici dans la « terre humaine » : le réseau d’habitant.es, d’associations et de curieux, où chacun ose tester, rater, partager. Parmi les associations principales, on compte : Les Jardins partagés des Vaites, Le Collectif Alternatiba, la Maison de l’Environnement de Besançon, mais aussi les ateliers citoyens impulsés par Les Vaites Horizon Écologique eux-mêmes. Ces groupes dialoguent aussi avec la ville : adaptation du plan climat local, consultation sur les espaces verts, ouverture du square « Le 13 » à un projet de micro-forêt urbaine…

La culture durable urbaine gagne en ampleur au fil des saisons. L’un des marqueurs est l’implication croissante des établissements scolaires, qui n’hésitent plus à transformer des bacs à sable en potagers pédagogiques ou à expérimenter le jardinage vertical sur les murs des cours de récréation.

Une terre d’expérimentation, un quartier inspirant

Ce que révèle l’agriculture urbaine aux Vaites, c’est qu’il n’existe pas de recette unique, mais une myriade de gestes, d’essais, d’inspirations parfois glanées loin d’ici – du Japon avec la technique du Fukuoka sans labour, jusqu’aux micro-potagers participatifs de Lyon ou Strasbourg. Ce sont ces petits pas, conjugués à l’échelle d’un quartier, qui changent la donne : redonner vie aux sols, rendre la ville comestible, ouvrir la nature et la culture à toutes et tous.

Là où les serres, les bacs, les buttes racontent une histoire de patience, de persévérance et de partage, la main verte des Vaites ne fait pas que nourrir : elle cultive aussi l’appartenance à un territoire et ouvre un horizon écologique, chaque jour un peu plus vaste.

Sources principales :

  • Ville de Besançon – Dossier EcoQuartier Les Vaites : besançon.fr
  • INSEE, chiffres sur l’artificialisation urbaine
  • Maison de l’Environnement de Besançon
  • Terre Vivante, Guide de la permaculture
  • Rapport ADEME sur la gestion participative des biodéchets
  • Agroécologie.fr
  • FAO – Agriculture urbaine innovante

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