Un quartier bisontin à l’écoute de la terre

Dans le nord-est de Besançon, les Vaites tissent une histoire singulière, entre faubourg ancien et tissus de projets neufs, entre paysages cultivés, coteaux doux et chemins secrets. Ici, le jardinage n’est pas qu’un loisir ou un décor : c’est une pédagogie, une manière profonde de relier les habitantes, les habitants, la génération qui plante et celle qui apprend. Les ateliers pédagogiques de jardinage écologique incarnent cette énergie à la fois discrète, conviviale et engagée du quartier.

Genèse des ateliers : du partage d’idées à la mise en terre

Les ateliers pédagogiques sur le jardinage écologique sont nés d’une aspiration collective à refaire du sol des Vaites un espace d’apprentissage populaire — renouant avec un passé maraîcher, et répondant aux défis écologiques d’aujourd’hui. Dès 2015, alors que le projet d’écoquartier bat son plein, habitant·es et collectif d’associations (notamment l’association Vaites Nature et le Collectif des Jardiniers des Vaites) se mobilisent pour faire exister et perdurer des jardins partagés, menacés par l’urbanisation. Ces ateliers s’adressent à tous, sans barrière d’âge ou de connaissances : enfants des écoles du quartier, familles, retraités, nouveaux arrivants, travailleurs sociaux… Chacun y trouve (ou y retrouve) sa place autour du potager, de la parcelle collective ou de la cabane pédagogique.

Organisation concrète des ateliers pédagogiques dans les Vaites

Lieu et ancrage dans le quartier

  • Les jardins partagés : Sur près de 4000 m² (Chiffres : France 3 Bourgogne-Franche-Comté), répartis le long de l’avenue François Mitterrand et de la rue des Vaites, les jardins partagés offrent un terrain idéal pour l’accueil des ateliers. Bacs surélevés, abris en bois, rucher pédagogique, mare… Les aménagements évoluent avec les saisons et les besoins.
  • L’école élémentaire des Vaites : De nombreux ateliers prennent place dans la cour de l’école, parfois sur des micro-parcelles ou des jardinières, en partenariat avec l’équipe enseignante.
  • L’espace public et les friches : Des actions sont menées ponctuellement sur des terrains en attente d’aménagement, sous forme de “chantiers ouverts” ou de marches d’observation.

Fréquence, formats et calendrier

  • Ateliers hebdomadaires ou bimensuels : D’avril à octobre, les ateliers réguliers rythment la vie du quartier, alternant entre séances pratiques et temps d’échange.
  • Ateliers thématiques : Que ce soit l’initiation à la permaculture au printemps, la taille respectueuse des fruitiers en fin d’hiver, les découvertes des pollinisateurs en mai, ou encore le compostage collectif, chaque mois propose ses temps forts.
  • Temps exceptionnels : Fêtes du printemps, visites de jardins amis de la région, ateliers intergénérationnels pendant les vacances scolaires.

Pédagogie et animation : transmission en douceur

Des animateurs ancrés localement

La spécificité des Vaites : ici, on privilégie le compagnonnage et le partage de vécu plutôt qu’un savoir magistral descendant. Les ateliers sont souvent animés :

  • Par des jardiniers bénévoles expérimentés, véritables mémoires vivantes du quartier
  • En partenariat avec Terre d’Émeraude, structure régionale d’éducation à l’environnement (sources : Tisse Métisse, Agenda 21 Besançon)
  • Grâce au concours d’enseignant·es, animateurs nature, maraîchers urbains ou encore étudiants en formation environnementale

La formation continue des animateurs, issue de réseaux nationaux (Jardins & Santé, Terre de Liens), garantit la qualité des contenus et la veille scientifique sur les pratiques écologiques.

Principes pédagogiques

  1. L’apprentissage par le faire : chaque atelier privilégie la pratique (semer, biner, pailler, observer, récolter) pour ancrer les gestes écologiques dans le concret du sol.
  2. Transmission horizontale : pas de “sachant” tout-puissant ; chacun apprend des autres, à travers le partage d’expériences, de réussites ou d’aléas.
  3. Ancrage sensoriel : toucher, humer, observer, goûter ; le jardinage se vit d’abord comme une expérience des sens.
  4. Réflexion systémique : comprendre l’écosystème du jardin, la place du sol, de l’eau, des auxiliaires, du climat bisontin — rendre le geste conscient de ses impacts.

Les outils d’animation

  • Petites fiches plastifiées pour identifier les plantes, les insectes, les maladies
  • Grilles d’observation des sols, loupes, bacs pédagogiques pour les plus jeunes
  • Exemples de mulchs, composts, engrais verts à toucher et humer
  • Tableaux mensuels de suivi des plantations, affichés sur la cabane ou envoyés par mail aux participant·es

Quels contenus pour quels publics ?

Public Thématiques des ateliers Exemples d’activités
Écoliers Biodiversité du sol, cycle du vivant, fruits et légumes locaux, compostage Fabrication de bombes à graines, chasse aux insectes auxiliaires, goûters "zéro déchet"
Adultes amateurs Rotation des cultures, agroécologie, arrosage économe, lutte naturelle contre les ravageurs Atelier paillage, fabrication d’extraits fermentés, construction de bacs au naturel
Personnes âgées Mémoire des plantes, astuces de jardinage adapté, valorisation du savoir-faire traditionnel Troc de semences, partage de recettes, transmission orale autour des plantes médicinales
Habitant·es éloigné·es du jardinage Découverte des gestes de base, jardinage en pied d’immeuble, création de micro-composteurs Visite guidée, initiation sécurité et outils, plantation collective de fleurs mellifères

Focus sur l’écologie pratique et les enjeux locaux

Sols vivants : l’enjeu majeur des Vaites

Les Vaites reposent sur un terroir limoneux, fertile mais fragile, doté d’une biodiversité méconnue (Agence de l’Eau Rhône Méditerranée Corse). La pédagogie autour de la préservation du sol occupe une large place :

  • Non-labour pour ne pas perturber la vie microbienne
  • Utilisation exclusive de compost issu du quartier et d’engrais naturels (purins, fumiers locaux)
  • Zéro pesticide ni produit chimique, dans la lignée de la charte régionale de jardinage écologique (Charte Natur’Jardin, Grand Besançon)

Les ateliers sensibilisent aussi au rôle des haies, des mares et des fleurs messicoles pour restaurer le maillage écologique dans un quartier en mutation. Un volet spécifique développe la gestion économe de l’eau ; l’usage de cuves de récupération et de paillage est systématiquement démontré.

Un défi d’inclusion sociale et de démocratie participative

Dans un quartier en proie à de fortes attentes sociales, la réussite des ateliers passe par des modes d’organisation ouverts :

  • Assemblées de quartier rassemblant usagers et habitants régulièrement pour décider des thématiques des sessions à venir
  • Système de “parrainages” : les plus expérimentés guident les nouveaux venus, formant de véritables binômes
  • Valorisation des initiatives portées par des personnes issues de la diversité culturelle des Vaites, pour favoriser la transmission de pratiques agricoles du monde

Un enjeu notable reste la sensibilisation des enfants et jeunes du quartier, y compris ceux pour qui l’accès aux espaces de nature est limité : la venue des classes, l’organisation d’ateliers pendant les temps périscolaires, la mise en place d’un jardinage de rue adapté (bacs accessibles PMR, par exemple) sont autant d’initiatives citées comme bonnes pratiques par la Ville.

Ateliers en pratique : retours d’expérience et impact

Chiffres-clés et anecdotes

  • Entre 2018 et 2023, plus de 300 participant·es réguliers aux ateliers annuels, répartis sur une trentaine de séances chaque année (Source : Vaites Nature).
  • Chaque session accueille en moyenne 10 à 20 personnes, privilégiant le suivi individuel, souvent sur le long terme.
  • Plusieurs familles témoignent de la création de véritables réseaux d’entraide autour du troc de graines, des prêts de matériel et du co-jardinage intergénérationnel (France Bleu Besançon).
  • Certains ateliers nocturnes organisés au printemps (observation des vers de terre, de la vie nocturne du sol) rencontrent un engouement particulier, mobilisant aussi les scolaires.

Évolutions et perspectives

  • Grâce à l’essor de ces ateliers, des micro-projets naissent régulièrement dans les écoles ou immeubles du quartier (potagers de balcon, composteurs collectifs, hôtels à insectes).
  • L’expérience des Vaites inspire aussi d’autres quartiers bisontins à développer leur propre dynamique de jardins pédagogiques et d’éducation citadine à l’environnement.

Si le défi de la pérennisation des jardins face à la pression foncière reste constant, l’ancrage local, les partenariats associatifs et la participation active des habitant·es nourrissent, saison après saison, une culture d’écologie populaire, simple et transmise de main en main.

Pour aller plus loin ou s’inspirer

  • Charte Natur’Jardin – Grand Besançon, pour approfondir les principes du jardinage sans produits chimiques (grandbesancon.fr)
  • Association Vaites Nature – Retours d’ateliers, documentation technique, appels à bénévolat (vaitesnature.free.fr)
  • Le guide « Jardiner avec la nature » – ADEME, pour prolonger les gestes appris en atelier à la maison
  • La Maison de l’Environnement de Franche-Comté – Pour connaître les cycles de formation régionaux, stages, conférences et visites en lien avec l’écologie urbaine

Ce territoire, par petites graines et grandes rencontres, continue d’inventer un autre rapport à la nature en ville. C’est un adulte qui réapprend à semer auprès d’un enfant ; une fillette qui montre fièrement son plant de tomate aux anciens du quartier. Saison après saison, les ateliers pédagogiques sur le jardinage écologique rendent tangible une transition qui se veut joyeuse, concrète, habitée.

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