Le contexte : la bicyclette, entre ambition et attentes à Besançon

Besançon, labellisée « Ville à vélo du Tour de France » (niveau 2) en 2023 (source : FUB), affiche sa volonté d’encourager la mobilité douce, tout en restant une ville de reliefs et de contrastes. Le Plan Vélo (2019-2025) vise à tripler la part modale du vélo (actuellement environ 3%, SUEZ, 2022), avec des objectifs clairs pour étoffer le maillage cyclable, sécuriser les axes principaux et tisser des connexions jusque dans les quartiers.

Aux Vaites, vaste quartier résidentiel et jardiné au nord-est, la bicyclette reflète ces évolutions : plus de cyclistes, plus de demande, mais un sentiment mitigé face au confort, à la lisibilité et à la sécurité du réseau accessible. Quels outils sont mis à disposition entre les Vaites et le centre-ville ? Petite plongée de carte et d’asphalte.

Du nord au centre : panorama des itinéraires cyclables existants

Partir des Vaites, c’est souvent débuter son trajet rue de Vesoul, axe principal, ou prendre des sentiers plus discrets à travers les jardins et espaces verts. Trois itinéraires majeurs ressortent pour joindre le centre-ville :

  • L’axe direct via la rue de Vesoul et la rue de Belfort
  • L’itinéraire buissonnier par la rue François Arago puis avenue Carnot
  • La voie partagée « boulevard » via la rue Anne Frank et avenue Fontaine Argent

1. Rue de Vesoul et rue de Belfort : la colonne vertébrale… ou presque

La rue de Vesoul, artère animée, centralise une bonne part du flux domicile-travail. Depuis le carrefour des Quatre Vents jusqu’à la place Flore, cet axe se parcourt aisément à vélo — en apparence seulement. L’aménagement oscille entre bande cyclable unidirectionnelle (souvent discontinue) et portions piéton-charette, avec quelques ralentissements devant commerces et parkings.

Points clefs :

  • Présence d’une bande cyclable côté droit sur la quasi-totalité de la rue de Vesoul (plans Ville de Besançon), largeur parfois réduite à 1,2 m.
  • Discontinuités notables au niveau des arrêts de bus (bus Ginko), ronds-points et traversées commerçantes.
  • Connexion délicate avec la rue de Belfort : ici, la bande cyclable disparaît, obligeant à la cohabitation avec les voitures sur 200 m, jusqu’au carrefour du Pont Battant.

Statistiques : Selon le Baromètre des villes cyclables (FUB, 2021), la sécurité sur Vesoul-Belfort est jugée moyenne — note 2,6/6 —, avec le principal motif d’insatisfaction la suppression ou l’étroitesse de la bande aux abords des intersections.

2. Le détour verdoyant : rue Arago et avenue Carnot

Pour éviter l’axe principal, certains optent pour le « fil vert » du quartier : entre les haies du parc des Vaites, la piste « chemin de halage urbain » commence rue François Arago. Elle mène vers la Ville au sud-ouest, traversant espaces résidentiels et squares tranquilles. On gagne ainsi l’avenue Carnot via la rue de l’Industrie, puis la promenade de Micaud.

  • Piste cyclable séparée sur la moitié de l’itinéraire, notamment autour de la Roselière.
  • Portions partagées piéton-vélo dans les parties les plus paysagères.
  • Absence de franchissement sécurisé au carrefour Carnot/Arago, malgré une demande croissante (plus de 180 passages/jour recensés, Agglomag, 2023).
  • Connexion avec la piste cyclable de Micaud et le réseau du centre via la promenade le long du Doubs — qui offre un passage apaisé mais allonge le trajet (+7 min en moyenne).

Ce parcours, s’il séduit les cyclistes « contemplatifs », pêche encore par un manque de lisibilité et la rareté des marquages.

3. Par Anne Frank et Fontaine-Argent : une alternative à la marge

Moins évident sur le plan, mais apprécié des habitants du sud des Vaites, l’itinéraire via la rue Anne Frank et la grande avenue Fontaine-Argent s’impose pour rejoindre le quartier Battant. Ici, point de piste cyclable continue : on alterne bandes cyclables, chaussée à voie centrale banalisée (CVCB) et zones 30, assez rassurantes, mais dépendantes du respect effectif des limitations.

Quelques points d’attention :

  • Bande cyclable sur Anne Frank discontinue (200 m en retrait près du centre commercial, puis disparition sur les voies de transit).
  • Pistes séparées sur la partie sud de Fontaine-Argent, mais avec coupures fréquentes pour desserte de logements collectifs.
  • Traversées piéton-cycliste rares, surtout aux abords de la place Leclerc.

Ce chemin, plus calme hors heures de pointe, accueille aussi les adeptes du vélotaf avec enfants, grâce aux gabarits larges et à une circulation apaisée sur certains tronçons.

Tableau récapitulatif des principaux aménagements Vaites-centre-ville

Itinéraire Type d’aménagement Longueur équipée (m) Discontinuités principales Remarque
Rue de Vesoul / Belfort Bande cyclable, chaussée partagée 1 600 Carrefour Pont Battant, arrêts bus Principalement axé trajets rapides
Rue Arago / Carnot Piste séparée, voie verte partagée 1 200 Franchissement avenue Carnot Parcours le plus "nature"
Anne Frank / Fontaine-Argent Bande discontinue, zone 30 1 400 Coupures zones résidentielles Bonne alternative famille

Focus sur les équipements complémentaires : stationnement, location, signalétique

L’expérience cycliste ne se limite pas au simple aménagement linéaire. Les détails font la différence.

  • Stationnements : Plusieurs arceaux vélo récents installés à l’entrée du parc des Vaites, devant la médiathèque Nelson Mandela, et le long de la rue de Vesoul. Capacité estimée à 70 emplacements, en augmentation depuis 2022.
  • Location et services : Disponibilité de Vélocité, le service de vélos urbains, avec des bornes à Micaud, Place Flore, et Roselière (première 30 min gratuite, abonnement mensuel 16 €).
  • Signalétique : Objectif : clarifier les trajets. 2023 a vu l’arrivée de nouveaux panneaux « centre-ville - 7 min à vélo » ou « accès Doubs » sur les axes principaux, mais plusieurs intersections stratégiques en sont encore dépourvues (notamment côté rue de Chalezeule).
  • Ateliers réparation & info : Présence ponctuelle d’ateliers mobiles (association Vélo Campus, Ca roule à Besançon) lors de la Fête du Vélo, ainsi qu’un local associatif ouvert avenue Carnot deux samedis par mois.

Zones à risques et points noirs : entre prudence et espoir d’amélioration

Malgré des efforts notables depuis cinq ans, « rouler des Vaites au centre » reste plus risqué que sur d’autres axes (source : Baromètre FUB 2021, classement B+ sur 6, contre A- ailleurs). Voici les principaux points qui inquiètent ou freinent certains cyclistes :

  • Ronds-points Vesoul / Belfort / Chalezeule : Flux de véhicules, manque de visibilité, insertions bus complexifient la progression à vélo.
  • Franchissement du Doubs : Le pont Canot, seule alternative à Battant, non équipé d’un couloir vélo.
  • Discontinuité à l’entrée centre-ville : Bandes cyclables interrompues à l’arrivée sur les voies piétonnes ou commerçantes (Place Flore, Place du 8-Septembre).
  • Manque d’éclairage sur le parcours Arago-Carnot après 21 h, notamment en hiver.

L’association « Collembole » (collectif cycliste bisontin) élabore chaque année une carte participative des « zones d’attention » et propose des marches exploratoires avec la mairie pour les faire évoluer.

Retours d’usagers : vécus et anecdotes

Les itinéraires cités ne prennent leur sens que dans l’usage, la petite cuisine du quotidien. Ici, quelques mots glanés lors des balades urbaines organisées par « Vélorution Besançon », en 2022 :

  • « Je préfère rallonger mon trajet par Arago, quitte à arriver 10 minutes plus tard, mais sans stress d’être coincée entre deux files de voitures. »
  • « Le plus dangereux ? Le rond-point du Leclerc, quand un bus déboule et que la bande disparaît. »
  • « Je dois transporter mes enfants à l’école. Fontaine-Argent est mieux : large, mais il faut rester très vigilant le matin. »
  • « Les nouveaux arceaux à côté de la médiathèque, c’est top. Mais il manque des bornes vélo vers le pôle hospitalier. »

Le ressenti d’insécurité vient surtout du « saucissonnage » des aménagements : « On a des bouts de pistes, mais il manque encore une vraie continuité pour les familles et les nouveaux cyclistes. »

Perspectives : projets à venir et ambitions des habitants

Les choses bougent. Après la concertation menée en 2022 pour le « Schéma Directeur Vélo » (Ville et Grand Besançon), trois évolutions sont promises ou attendues :

  1. Poursuite de la requalification de la rue de Vesoul : largeur des bandes cyclables portée à 2 m entre la place des Quatre Vents et la rue Romain-Rolland, suppression de stationnement longitudinal.
  2. Création d’une passerelle cyclable sur le Doubs : promesse inscrite dans le Plan Vélo 2019-2025, pour relier Vaites/Chalezeule à Micaud sans retourner vers la gare.
  3. Davantage de « sas vélo » et de marquage au sol à chaque giratoire, plus de continuité sur les axes résidentiels (Arago, Chaprais).

La participation citoyenne, par le biais des associations ou lors des ateliers de quartier, joue désormais un rôle moteur dans les choix d’itinéraires à renforcer ou de problèmes à résoudre.

Entre défauts et promesses, un réseau en chemin

Rouler des Vaites au centre-ville, c’est apprendre à lire la ville autrement, entre tracés officiels et alternatives du quotidien, zones d’ombre et éclaircies prometteuses. Rares sont les quartiers de Besançon ayant connu un tel foisonnement de débats autour de la mobilité cyclable, preuve d’un nouvel appétit collectif. Reste que, pour atteindre l’aisance ressentie dans d’autres villes cyclables (Strasbourg ou Chambéry en tête), le chemin continue : sécuriser les traversées, garantir la continuité, et penser la signalétique. Aux Vaites comme ailleurs, la dynamique citoyenne ne se contente plus d’occuper la rue — elle l’anime, la transforme, l’invente, au rythme silencieux des roues.

Pour aller plus loin : Plan vélo 2019-2025 de Besançon, FUB : Fédération des Usagers de la Bicyclette, consultation citoyenne Besançon Mobilités.

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