Entre tradition et innovation : l’histoire verte des transports bisontins

Si l’on observe les rues de Besançon, on devine l’empreinte d’une histoire ferroviaire et fluviale qui remonte loin. Mais c’est au début des années 2010 que la ville accélère sa mue. D’un tramway à l’ancienne, on passe à un tram moderne, sobre, repensé pour la transition. Depuis 2014, les rames bleu-vert et blanches parcourent la ville sur près de 14 km, traversant 31 stations (source : Ginko Mobilités).

Ce tram n'est pas qu'un train urbain : il roule à 100% à l'électricité, avec une énergie issue principalement du mix français (nucléaire, hydraulique, énergies renouvelables), garantissant une émission de CO₂ au kilomètre parcouru dérisoire comparée à la voiture individuelle ou aux bus thermiques traditionnels.

Le tramway de Besançon : symbole de la transition

  • Un chantier éco-responsable : lors de la construction du tram, la ville a choisi de réutiliser des matériaux, d’équiper les voies de 13 000 arbres et arbustes, et d’introduire 5 km de prairie enherbée entre les rails (source : Ville de Besançon).
  • Accessibilité et inclusivité : matériel roulant neuf, stations pensées pour tous les profils de voyageurs, et une politique tarifaire incitative, notamment pour les jeunes et les seniors.
  • Effet sur la qualité de l’air : selon Atmo Bourgogne-Franche-Comté, l’arrivée du tramway (accompagnée d’une réduction du trafic auto sur certains axes) a contribué à une baisse sensible des NOx et des particules fines dans plusieurs quartiers desservis.

Moins de voitures, plus d’espace pour les mobilités douces

Ce qui frappe peut-être le plus, c’est l’évolution des usages. À Besançon, 17% des habitants se rendaient au travail en transports en commun ou à vélo en 2020, contre 13% dix ans plus tôt (INSEE). Une progression lente mais réelle, favorisée par l’intégration des bus Ginko au tramway, la multiplication des lignes, et la création d’un réseau de pistes cyclables connectées aux arrêts clés.

  • Le plan “Vélo Besançon 2020-2025” prévoit plus de 110 km d’aménagements vélo et un budget de 10 millions d’euros pour les nouvelles infrastructures – une ambition qui s’accompagne de places sécurisées pour les vélos près de chaque station majeure.
  • Lancement en 2022 de la navette électrique gratuite “Centre-Ville”, qui traverse l’hypercentre historique en reliant la Gare Viotte à Battant, avec une fréquence toutes les 10 minutes.

Tableau récapitulatif : quelques actions emblématiques

Initiative Année de lancement Impact écologique
Nouveau tramway 2014 -27% d’émissions CO₂/transport collectif (source : Ginko)
Bus hybrides (bioGNV) 2018 -58% de NOx, carburant local (source : Keolis/Ginko)
Navette électrique centre-ville 2022 0-émission, fluidification trafic historique
Réseau vélo connecté 2020-2025 Suppression de 1 500 trajets auto quotidiens (estimation Ville de Besançon)

Des bus qui changent de carburant : la discrète révolution des flottes Ginko

Si le tramway attire naturellement la lumière, la véritable révolution écologique de ces dernières années concerne la flotte d’autobus. Plus de la moitié des bus Ginko roulent désormais au BioGNV (biogaz naturel véhicules), un carburant issu en bonne partie des déchets agricoles de la région (La Presse Bisontine, 2023).

  • Un bus au BioGNV rejette 4 fois moins de particules qu’un bus diesel standard.
  • Les bus électriques expérimentés sur les lignes 7 et 10 affichent un silence remarquable, rendant le trajet plus doux pour les riverains comme pour les voyageurs.
  • L’objectif de la Ville : une flotte 100% propre (électrique et BioGNV) d’ici 2030.

Au-delà du choix du carburant, on note aussi des efforts pour la gestion intelligente de la circulation : bus à haut niveau de service, priorisation aux feux pour fluidifier la traversée de la ville, réduction des nuisances sonores, formation éco-conduite pour les conducteurs.

Transport, biodiversité et nouvelles habitudes : un équilibre à réinventer

Au fil des années, la réinvention des transports à Besançon ne se pense pas uniquement en termes de réduction de CO₂ ou de coûts d’exploitation. Il s’agit aussi d’apporter de la nature en ville, de ralentir les flux pour rendre la cité plus vivable, d’inviter à la contemplation du paysage : la traversée du Doubs en tramway, les berges réaménagées, les abris bus végétalisés, chaque détail compte.

  • Les stations Ginko intègrent de plus en plus de mobilier urbain végétalisé, parfois même des hôtels à insectes (expérience pilote avenue Carnot, 2023).
  • Des campagnes régulières de sensibilisation à l’utilité des transports en commun pour la biodiversité locale : moins de voitures, c’est moins d’imperméabilisation, et plus d’espace pour les arbres et les sols vivants.
  • Redécouverte de sentiers pédestres entre les stations, dans les quartiers Nord et Est, pour encourager la mixité des déplacements : marcher, rouler, s’arrêter, explorer.

À l’échelle du quotidien : l’expérience bisontine des voyageurs

Parler de transition écologique, c’est souvent évoquer de grands chiffres. Mais le plus tangible, ce sont sans doute les petites scènes du matin, dans les Vaites ou ailleurs : des enfants à trottinette combinant bus/tram, des personnes âgées retrouvant de la mobilité grâce à des itinéraires mieux pensés et accessibles, des étudiants utilisant l’abonnement combiné réseau (train + tram + vélo). C’est également la possible contemplation : celui qui prend le tram pour admirer la brume sur la colline de Bregille, ou celui qui savoure la traversée du pont Battant dans la lumière du soir.

Une transition écologique localisée, mais un modèle à suivre ?

La transformation des transports bisontins ne fait pas figure d’exception : on la retrouve à Dijon, Strasbourg, Grenoble… Mais Besançon montre qu’une ville de taille moyenne sait inventer un modèle coopératif :

  • Gouvernance partagée avec les associations d’usagers pour le plan mobilité ;
  • Concertations régulières autour de nouveaux tronçons ou de l’évolution des tarifs ;
  • Environnement social favorisant l’émergence d’initiatives, comme les lignes “écoles” sécurisées ou les “open data” en mobilité partagée (lauréat du Trophée AGIR 2022)

Cap vers 2030 : imaginer la prochaine étape

Les ambitions de la ville ne s’arrêtent pas là. Outre la généralisation des bus propres et l’extension des réseaux, de nouveaux défis émergent : intégrer le “dernier kilomètre” avec des solutions de micro-mobilité (vélos partagés, trottinettes en libre-service), rendre le réseau encore plus inclusif (y compris pour les habitants des hameaux limitrophes), ou encore végétaliser les infrastructures pour absorber les îlots de chaleur dans le contexte du changement climatique.

La transition des transports ne se limite jamais à une simple question de véhicules : elle remet en mouvement tout un tissu urbain, fait dialoguer la technique et la nature, et offre à chacun la possibilité de réinventer son rapport aux rythmes de la ville. À Besançon, la mutation est en route, et invite à découvrir les horizons écologiques qui poussent à nos portes.

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