À la source : Lutter contre l’imperméabilisation des sols

Longtemps, l’idéal urbain a voulu canaliser, canaliser, canaliser, jusqu’à chasser les eaux, propres ou sales, loin de nos lieux de vie. Aux Vaites, l’approche s’inverse : il s’agit de ralentir ces eaux, de favoriser leur infiltration, et d’en tirer parti pour nourrir jardins et biodiversité. Selon l’ADEME, l’artificialisation des sols a augmenté de 70% en France depuis 1981, amplifiant les ruissellements et la pollution des rivières (ADEME).

  • Noues végétalisées : On croise dans le quartier des creux enherbés et de petites zones humides aménagées. Ces noues freinent et filtrent les eaux de pluie, imitent l’écosystème des prairies humides, stockent temporairement l’eau pour limiter la surcharge des réseaux d’eaux usées.
  • Béton poreux et pavés drainants : Plusieurs places et allées utilisent ces matériaux pour laisser l’eau rejoindre le sol, réduisant ainsi le volume à épurer. Selon le CNRS, ces solutions permettent de réduire de 30 à 50% les volumes d’eau ruisselant (CNRS).

Cette stratégie “à la parcelle” limite la pression sur le réseau collectif, tout en rechargeant les nappes phréatiques, un enjeu de taille alors que Doubs et rivières connaissent déjà des déficits hydriques en été.

Des toilettes sèches à la phytoépuration : de petites révolutions discrètes

Dans certains îlots d’habitation ou salles partagées, l’expérimentation de toilettes à séparation d’urine et de toilettes sèches a vu le jour. Ce choix évite de “souiller” des dizaines de milliers de litres d’eau potable chaque année (en France, 30% de l’eau domestique finit dans la chasse d’eau, source ONEMA).

  • Valorisation locale : Les matières collectées — compost et urine — sont valorisées sur place ou dans des boucles courtes (compostage, amendement d’espaces verts).
  • Réduction de charge : Le réseau public est allégé, la station d’épuration de Besançon se concentre sur le traitement des eaux grises et industrielles. À titre d’exemple, une famille utilisant ce type de toilettes réduit de 15 000 à 20 000 litres son impact annuel sur les réseaux (source : Association EauVivante).

Pour les eaux grises issues des douches et lavabos, certains bâtiments pilotes s’appuient sur la phytoépuration : un système de filtres plantés (roseaux, massettes) qui permet d’éliminer jusqu’à 95% des polluants usuels — une technique primée au niveau national (Trophées des Initiatives Locales de l’Agence de l’Eau Rhône-Méditerranée-Corse)

La “double vie” de l’eau : récupération et réutilisation intégrées

Dans les Vaites, la gestion des eaux de pluie ne se limite pas à l’infiltration. Elle devient ressource. Les toitures sont souvent équipées de systèmes de récupération, à l’échelle individuelle ou collective :

  • Cuves enterrées mutualisées : Installées dans certains ensembles résidentiels ou près des jardins partagés, elles collectent jusqu’à 30 m³ d’eau de pluie, utilisée ensuite pour l’arrosage, le nettoyage ou certains usages techniques (économie de près de 20% sur la facture d’eau chez les usagers concernés, selon la Régie Eau de Besançon).
  • Systèmes simplifiés dans les parcelles individuelles : Même dans les maisons récentes, de nombreux projets intègrent récupérateurs, pour arroser les potagers ou nettoyer les trottoirs, sensibilisant au passage les habitants à l’adaptabilité de chaque goutte.

Sur l’ensemble du quartier, on estime une réduction de 10 à 20% des volumes d’eau traités en station d’épuration comparé à un tissu urbain classique de même taille (source : rapport d’étude d’Aude Dufour, urbaniste, 2022).

Un réseau “intelligent” : capteurs, surveillance et maintenance préventive

Pour garantir le bon fonctionnement du dispositif, la Ville et la SPL Territoire 25 ont déployé, dans les nouveaux secteurs, des capteurs connectés qui surveillent en temps réel la qualité des eaux usées, détectent les fuites ou les pollutions accidentelles.

  • Capteurs de pollution : Mesurent pH, turbidité, contaminants spécifiques (nitrates, phosphates, hydrocarbures).
  • Alerte préventive : Les alertes automatiques permettent une intervention rapide, limitant l’impact en cas de dysfonctionnement.

Cette logique de “smart water management”, encore rare dans les quartiers périphériques en France, limite les coûts de maintenance et augmente la résilience en cas d’épisodes climatiques extrêmes.

Des habitants parties prenantes : sensibilisation, pédagogie et gouvernance locale

Un volet souvent sous-estimé des innovations des Vaites, c’est l’implication citoyenne dans la co-gestion de l’eau. Ici, de nombreux projets reposent sur la participation active des riverains, via des ateliers, des journées “portes ouvertes” à la station de phytoépuration, ou la réalisation de diagnostics partagés avec la Ville et des acteurs associatifs (GRAINE Bourgogne-Franche-Comté).

  • Communication directe : Panneaux explicatifs près des dispositifs, visites guidées, documentation disponible en ligne et chez les commerçants.
  • Implication pratique : Les habitants sont invités à entretenir les noues ou à signaler tout dysfonctionnement observé.

Ce travail d’appropriation locale réduit les incidents, favorise l’innovation et ancre la gestion de l’eau dans une démarche sociale — un aspect souvent absent dans les grands ensembles urbains standardisés.

Une gestion multifonctionnelle au service de la biodiversité

Les Vaites montrent aussi que la gestion des eaux usées peut servir d’appui à la biodiversité urbaine. Les noues, mares et dispositifs de phytoépuration créent de nouveaux habitats pour les amphibiens, insectes aquatiques et flore patrimoniale. En 2022, un suivi réalisé avec la LPO a révélé qu’une mare filtrante du quartier abrite désormais 11 espèces d’odonates (libellules), dont deux patrimoniales régionalement protégées. Ce type de “corridor humide” relie le quartier à la trame verte et bleue de Besançon, tout en offrant aux habitants des espaces de fraîcheur et de contemplation en été (Source : LPO Doubs).

Ce que nous disent les Vaites : pistes pour demain

Ce qui se joue aux Vaites n’est pas une simple prouesse technique, mais une manière renouvelée de voir la ville : chaque goutte réutilisée, chaque épuration naturelle, chaque cuve enterrée témoigne d’une échelle plus humaine de la transition écologique. Empreinte hydrique réduite, implication citoyenne, biodiversité accrue : ces innovations, une fois éprouvées sur ce territoire, peuvent inspirer d’autres quartiers ou communes, grandes ou petites. Alors quand on traverse les Vaites, il ne s’agit plus simplement d’admirer un quartier “vert”, mais peut-être de comprendre les petits ruisseaux souterrains de la transition, et pourquoi pas, de s’en inspirer ailleurs.

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