Un défi discret qui façonne nos quartiers

Avancer dans les rues des Vaites ou dans un autre quartier de Besançon par temps de pluie, c’est souvent constater, après un orage, les petites rivières improvisées qui serpentent le long des trottoirs, les flaques tenaces au pied des immeubles. On blâme parfois la météo, mais la raison est surtout sous nos pieds : le sol s’imperméabilise. Ce phénomène, discret mais progressif, façonne la ville et ses paysages urbains, influe sur la biodiversité et sur la vie de ses habitants.

Aujourd’hui, selon le Cerema, plus de 9% du territoire français était artificialisé en 2021, principalement sous forme de béton, bitume ou bâtiments. Chaque année, ce sont 20 000 hectares en moyenne qui disparaissent sous nos constructions (source : Agence de la transition écologique, ADEME). Mais pourquoi cet enjeu mobilise-t-il urbanistes, écologues et citoyens ? Et surtout, quelles solutions existent à l’échelle de nos territoires, des jardins aux rues, pour limiter l’imperméabilisation des sols ?

Pourquoi un sol perméable est-il vital ?

Quand la pluie tombe, le sol devrait naturellement la recevoir, la filtrer et la laisser s’infiltrer jusqu’aux nappes d’eau souterraines. Les sols vivants agissent comme des éponges et des filtres biologiques. Mais en ville, routes, parkings et trottoirs imperméables accélèrent le ruissellement, multiplient les risques d’inondation, dégradent la qualité de l’eau, et privent la végétation de ressources essentielles.

  • Inondations urbaines : Plus de béton, c’est un écoulement de l’eau vers les réseaux, qui saturent vite lors d’intempéries. À Paris, 30% des eaux de pluie rejoignent directement les égouts sans infiltration (Source : Ville de Paris).
  • Stress hydrique : Les nappes phréatiques peinent à se recharger. En France, 87% de l’eau potable provient des nappes souterraines (Source : BRGM).
  • Biodiversité menacée : Des sols vivants abritent une faune et une flore essentielle, qui disparaissent sous l’asphalte.
  • Îlots de chaleur : Un quartier bétonné peut atteindre jusqu’à 8°C de plus que les espaces végétalisés voisins (Source : INRAE).

Limiter l’imperméabilisation : plusieurs leviers au quotidien

Face à ce constat, des solutions existent, adaptées à différentes échelles. Chacune participe à rendre la ville plus résiliente, à reconnecter ses habitants à la terre, à l’eau, et à la nature.

Réduire à la source : éviter de couvrir la terre

  1. Construire sur l’existant : Réinvestir friches, bâtiments vides, parkings, plutôt que de bâtir sur de nouvelles terres agricoles ou espaces naturels. À Besançon, la reconversion des anciennes casernes Ruty en logements intégrant des espaces verts montre la voie (source : Ville de Besançon).
  2. Limiter l’expansion urbaine : Favoriser la densification douce (extensions verticales, cohabitat) préserve les sols alentours.

Réinventer la voirie et les espaces publics

  • Pavés drainants : Les revêtements poreux, à l’image des pavés autobloquants implantés sur certains chemins du parc Micaud, laissent passer l’eau dans le sol.
  • Chaussées perméables : Les bétons poreux ou enrobés à froid offrent la résistance du bitume classique tout en permettant l’infiltration de l’eau de pluie.
  • Parkings verts : L’alternance d’herbe et de grilles alvéolées stabilise le stationnement sans recouvrir totalement la terre, comme on peut l'observer sur certains sites naturels de l’agglomération (source : FNE Bourgogne-Franche-Comté).

Redonner de l’espace à la nature

  • Jardins partagés, micro-forêts : Chaque mètre carré végétalisé compte. Les initiatives citoyennes, comme les jardins pédagogiques des Vaites, restaurent la capacité d’infiltration des sols.
  • Débitumisation : Un mouvement croissant consiste à “désimperméabiliser” : retirer l’asphalte inutile, comme les bandes d’arrêt de bus désaffectées, pour y planter arbres et vivaces.
  • Trames vertes et bleues : Connecter les espaces naturels urbains (parcs, corridors écologiques) favorise circulation de l’eau et des espèces, tout en permettant l’infiltration.

Changer nos pratiques privées : l’enjeu des jardins et parcelles

  • Désimperméabiliser les cours : Réduire le béton chez soi, privilégier les terrasses en bois sur plots, les dalles ajourées ou les chemins de graviers.
  • Collecter l’eau de pluie : Installer des récupérateurs d’eau (en France, 80% de l’eau consommée à domicile pourrait être économisée par la récupération, Source : ADEME), qui permettent de moins arroser et d’éviter le ruissellement.
  • Planter malin : Favoriser des essences locales, qui poussent bien sans engrais ni trop d’eau et stabilisent les sols.

Changer le règlement, accompagner les transitions

Des lois incitatives

Depuis 2023, la loi "Climat et Résilience" impose zéro artificialisation nette des sols d’ici 2050, une ambition qui transforme en profondeur l’urbanisme, les élus étant désormais tenus de limiter le recours aux surfaces imperméables pour les nouveaux projets (source : Ministère de la Transition Écologique). Certaines villes, comme Strasbourg, imposent déjà un pourcentage minimal d'espaces verts dans les permis de construire. À Dijon, tout nouveau parking de plus de 1000 m² doit intégrer au moins 50% de surfaces perméables.

Des outils pour choisir la solution adaptée

  • Le diagnostic de perméabilité : Un outil simple mais encore trop rare. Certaines collectivités, comme Grand Besançon Métropole, utilisent désormais des cartes précises des sols pour guider les aménagements (source : Grand Besançon Métropole).
  • Aides financières : Plusieurs régions et agences de l’eau subventionnent la désimperméabilisation des cours d’école, des entreprises, ou des particuliers.

Des exemples inspirants près de chez nous (et ailleurs)

  • Les écoles qui transforment leur cour : À Besançon, le projet “Oasis Cour d’école” a permis de rendre perméables plusieurs cours, réduisant la température de 3 à 5°C en été, tout en créant des îlots de biodiversité (source : Ville de Besançon).
  • Le parc de Blossac à Poitiers : Un réseau complet de noues drainantes et prairies inondables prévient les débordements lors des grosses pluies, tandis que de simples fossés naturels suffisent à canaliser et infiltrer l’eau.
  • À Singapour : La "Cité-jardin" asiatique s’impose des quotas drastiques d’espaces perméables; la ville a fait passer la surface végétalisée de 36% à 47% entre 1986 et 2017 (source : Urban Redevelopment Authority, Singapore).
  • La ZAC Flaubert à Grenoble : 63% de l’espace public est restitué à des surfaces végétalisées ou perméables, via des toits verts, jardins inondables, fossés végétalisés (source : Ville de Grenoble).

Et dans notre quartier ? Les petits gestes du quotidien font la différence

La transition vers une urbanisation plus douce se joue aussi à l’échelle du pas de porte. Accepter des herbes folles, troquer du gravier pour une bande d’herbe, jardiner (même dans une jardinière), laisser le sol respirer chez soi sont autant d’actes qui, multipliés à l’échelle d’un quartier, redonnent collectivement à la terre sa fonction première. Ce sont aussi des choix qui invitent à redécouvrir la beauté et la fraîcheur d’un sol vivant.

Les Vaites et bien d’autres quartiers en France réinventent, à leur rythme, la place du végétal et de l’eau. Réduire l’imperméabilisation, c’est favoriser une ville qui respire, étonne et demeure accueillante, saison après saison, pour l’humain autant que le vivant.

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