Des fondations vertes : pourquoi viser l’exemplarité écologique dans nos quartiers ?

Besançon porte depuis longtemps une identité façonnée par l’eau, la ceinture verte, et la qualité de ses espaces naturels intégrés à la ville. Depuis le début des années 2000, la collectivité s’est engagée dans des démarches écologiques — Agenda 21, label Cit’ergie, participation au réseau Villes et territoires accueillants pour la biodiversité (source : agglo Grand Besançon Métropole).

Le quartier des Vaites n’est pas qu’un terrain à urbaniser : il est aussi marqué par ses terres agricoles résiduelles, la proximité d’espaces boisés, et plusieurs jardins partagés, témoins d’une vie locale attentive à l’environnement. Préserver ces atouts, tout en répondant à la demande de logements et à la nécessité d’une ville moins consommatrice d’énergie, exige des objectifs écologiques précis et imbriqués :

  • Limiter l’artificialisation des sols pour préserver le vivant, les sols fertiles, la perméabilité à l’eau.
  • Réduire l’empreinte carbone de l’aménagement et des futurs usages : énergies renouvelables, mobilité douce, matériaux de construction à faible impact.
  • Favoriser la biodiversité, à la fois dans l’existant (haies, jardins, faune urbaine) et dans les nouveaux espaces créés.
  • Concilier densité urbaine et qualité de vie, avec des espaces publics partagés et une programmation adaptée au quotidien de tous les habitants.

Limiter la consommation d’espace : la lutte contre l’artificialisation des sols

En France, près de 22 400 hectares d’espaces naturels ou agricoles sont artificialisés chaque année (Chiffre INSEE 2022). Besançon n’échappe pas à cette dynamique, même si la pression foncière reste moins forte qu’en Île-de-France ou sur le littoral. Pourtant, l’objectif fixé au niveau national (loi Climat et Résilience, 2021) est d’atteindre le zéro artificialisation nette (ZAN) d’ici 2050.

  • Intégration des terres agricoles : Les terres maraîchères encore utilisées aux Vaites constituent un cas particulier : préserver leur vocation nourricière locale ou les transformer en prairies urbaines semi-naturelles fait débat, mais les deux options répondent à la logique de préserver le sol vivant.
  • Densifier autrement : Les nouveaux projets des Vaites sont envisagés en privilégiant la compacité : un maximum de logements sur le minimum d’espace, mais avec des hauteurs mesurées pour éviter la verticalité excessive et préserver l’ambiance du quartier.

À Besançon, comme ailleurs, la réduction de l’imperméabilisation se traduit aussi par l’obligation de laisser entre 25 et 35% d’espace libre de toute construction dans chaque nouveau projet immobilier (source : PLU de Besançon).

Repenser la mobilité quotidienne : donner la priorité aux modes doux

La question des transports pèse lourd sur l’empreinte carbone d’un quartier. Aux Vaites, l’un des piliers du projet d’aménagement est d’inverser la logique du tout-voiture en :

  • Multipliant les cheminements piétons et vélos, à moins de 200 mètres de chaque logement.
  • Limitant la place de la voiture : peu de parkings en surface, incitation au stationnement mutualisé en périphérie proche, et préférence donnée aux transports en commun (tram et bus à moins de 10 minutes à pied de la plupart des nouvelles habitations).

Selon l’Observatoire national de la mobilité urbaine (2022), plus de 40% des déplacements intra-urbains pourraient être faits à pied ou à vélo si l’aménagement était adapté. L’objectif affiché aux Vaites est d’atteindre rapidement près de 60% de déplacements non motorisés pour les trajets de moins de 3 kilomètres.

Cet engagement s’appuie sur la création d’un maillage de “venelles vertes”, véritables coulées douces traversant le quartier et reliant les espaces publics, écoles, commerces et jardins.

Biodiversité urbaine : de la trame verte à la gestion différenciée

Le quartier des Vaites a son caractère : bocage limousin arrivé en ville, friches, jardins collectifs où migrateurs et pollinisateurs trouvent refuge. L’ambition affirmée est de renforcer cette diversité en :

  • Créant des corridors écologiques qui relient les espaces naturels urbains (forêts, parcs, franges agricoles) pour permettre la circulation de la faune.
  • Plantant massivement : chaque programme neuf doit intégrer au minimum un arbre remarquable par tranche de 500 m² de terrain, et développer des haies bocagères pour redynamiser la trame verte locale (source : charte de l’urbanisme bisontin).
  • Favorisant la gestion différenciée des espaces verts : tontes réduites, fauche tardive, maintien de zones de “mauvaises herbes” comme refuges, présence de prairies fleuries et de jardins partagés (initiatives portées notamment par les associations du quartier).

Aujourd’hui, près de 60 espèces d'oiseaux — dont la huppe fasciée, le chardonneret élégant, la fauvette à tête noire — ont été recensées dans le secteur des Vaites (source : Ligue pour la Protection des Oiseaux). Ces données servent de base pour mesurer, à terme, la réussite des objectifs de biodiversité du quartier.

Performance énergétique et énergies renouvelables : sortir des énergies fossiles

Chaque logement ou bâtiment d’activité construit depuis 2022 doit répondre à la Réglementation Environnementale RE2020, qui exige une performance énergétique supérieure de 30% à la réglementation précédente (BBC). Cela implique :

  • Utilisation généralisée d’isolants biosourcés (laine de bois, ouate de cellulose) et de modes de chauffage économes (pompes à chaleur, raccordement au réseau de chaleur urbain alimenté à 70% par du bois local, source : Grand Besançon Énergie, rapport 2023).
  • Développement du solaire : chaque toiture neuve doit prévoir, a minima, l’intégration de panneaux photovoltaïques ou la possibilité d’en installer, avec un objectif de production de 15% des besoins électriques du quartier à l’horizon 2030.
  • Récupération des eaux pluviales et éclairage LED intelligent pour limiter la consommation de ressources et éviter la déperdition énergétique.

La part des bâtiments collectifs à énergie positive (qui produisent plus qu’ils ne consomment sur l’année) restant modeste à l’échelle nationale, les Vaites aspirent à figurer parmi les quartiers les plus ambitieux sur ce plan dans le Grand Est.

L’eau, une richesse à préserver : gestion durable et désimperméabilisation

À Besançon, la gestion de l’eau est au cœur du projet urbain. Le quartier des Vaites s’inscrit dans cette logique :

  • Désimperméabiliser là où c’est possible : revêtements poreux, toitures végétalisées, fossés et talus infiltrants pour permettre le retour de l’eau dans le sol.
  • Gestion alternative des eaux pluviales : le réseau séparatif (eaux usées/eaux pluviales) est complété par des bassins paysagers, qui régulent le débit et servent parfois d’habitats pour la faune aquatique urbaine (libellules, grenouilles…).
  • Conservation de zones humides : les mares anciennes, même de petite taille, sont répertoriées et certaines font l’objet d’une restauration écologique, en lien avec la Fédération de Pêche du Doubs.

Depuis 2018, près de 1 400 m² de surfaces imperméabilisées ont déjà été reconverties en espaces végétalisés ou perméables dans ce secteur, avec pour effet visible une réduction significative des ruissellements lors des épisodes d’orage (source : rapports de suivi environnemental Mairie de Besançon).

Participation citoyenne et ancrage local des initiatives écologiques

Nul aménagement écologique crédible sans implication des habitants. Aux Vaites, la démarche se traduit par :

  • Des ateliers de co-conception (urbanisme participatif avec la Maison des Projets), où plus de 350 citoyens ont formulé près de 150 idées depuis 2019 pour les futurs espaces publics, la végétalisation, le choix des essences, la forme des venelles, etc.
  • Le renforcement des associations de quartier, telles que Les Vaîtiers ou Les Paniers Bios du Coin, qui cultivent le lien social et écologique par le maraîchage, les ateliers compost, ou le partage de semences.
  • Un suivi transparent des indicateurs environnementaux, consultables en ligne chaque année : surface d’espace vert par habitant, nombre d’espèces recensées, part des constructions à énergie positive, etc. (sources : Ville de Besançon, Open Data).

Le dialogue s’est nourri d’expériences parfois conflictuelles (mobilisation autour de la ZAC, demandes de surseoir à certains chantiers pour préserver des espaces naturels), mais il a accouché aussi d’une culture commune du compromis et de la négociation, moteur d’une écologie réellement vécue.

Vers une ville régénératrice : dépasser l’écoquartier classique

L’objectif écologique aux Vaites n’est plus seulement de “réduire les impacts”, mais d’aller plus loin : restaurer les fonctions du vivant, générer de la fertilité, reconstituer les continuités écologiques, relocaliser les flux énergétiques et alimentaires. Quelques pistes concrètes évoquées lors des dernières réunions publiques :

  • Agroécologie urbaine : renforcer la production alimentaire locale (fruits, légumes, miel, œufs), avec l’objectif d’atteindre une autonomie symbolique pour le quartier (5 à 10% des besoins alimentaires couverts sur place, selon l’étude Terre de Liens 2023).
  • Bâtiments évolutifs ou démontables : penser des “architectures réversibles” pour éviter le gaspillage à long terme, raccourcir les circuits de matériaux, et s’adapter aux besoins changeants.
  • Approche « santé et bien-être » : intégrer les indicateurs de qualité de l’air, du bruit, de l’accès à la nature comme critères clefs d’aménagement, au-delà des simples obligations réglementaires (source : OMS, “Urban Greening and Health” 2022).

Ralentir pour habiter plus fort : un projet urbain à la main de ses habitants

Le quartier des Vaites montre que l’écologie urbaine, loin des modèles figés, trouve son souffle dans la capacité à relire les lieux, à négocier avec le passé comme avec l’avenir. Les chantiers ouverts — qu’il s’agisse de terres à préserver, de haies plantées, de corridors piétons grimpant vers le Doubs ou encore d’espaces de compost collectif — témoignent d’une volonté de faire de la transition écologique un enjeu concret, vécu et partagé.

Demain, les habitants des Vaites pourraient bien façonner un quartier régénérateur, capable de rendre plus à la nature qu’il ne lui prend, et d’inspirer d’autres territoires dans leur propre transition. En laissant la place à la diversité, à la participation, à la créativité et à “l’écologie des détails”, c’est tout un territoire qui réinvente la manière de habiter la ville.

Sources mentionnées :

  • Grand Besançon Métropole, PLU
  • Observatoire National Mobilité Urbaine
  • INSEE
  • Ligue pour la Protection des Oiseaux
  • Mairie de Besançon, rapports environnementaux
  • Charte de l’urbanisme Ville de Besançon
  • Terre de Liens
  • OMS, Urban Greening and Health 2022
  • Rapports Grand Besançon Énergie

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