Composer avec l’eau plutôt que la dompter

Un quart des inondations urbaines en France sont dues à l’imperméabilisation excessive des sols, selon l’Observatoire national des risques naturels (ONRN). La gestion de l’eau, dans les Vaites, s’inscrit donc à contre-courant d’une histoire urbaine trop souvent basée sur l’évacuation souterraine, rapide et invisible des eaux pluviales.

Des techniques alternatives à l’assainissement classique

  • Gestion à la parcelle : Dès la genèse du projet (années 2000), la Ville et ses partenaires – Grand Besançon Métropole, aménageurs, urbanistes – ont déployé une approche “à la source” : chaque parcelle doit traiter ses eaux pluviales localement, autant que possible. Cela passe par des cuvettes végétalisées, des noues ou des surfaces infiltrantes, limitant l’apport au réseau unitaire. – Source : Ville de Besançon, Dossier d'écoquartier (2020)
  • Noues paysagères : Ces fossés peu profonds, plantés de vivaces et d’arbustes, guident les excès d’eau de pluie vers des zones de stockage temporaire. Dans les Vaites, les noues sont réparties entre les bâtiments, le long des chemins, créant à la fois des corridors écologiques et une solution de désengorgement du réseau d’assainissement. D’après le rapport technique de l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse, ces noues interceptent jusqu’à 80 % des eaux de ruissèlement, ralentissant la montée des crues.
  • Dallage drainant et stationnements perméables : Plutôt que de bitumer, les parkings et chemins piétons privilégient pavés poreux et stabilisés, permettant à l’eau de s’infiltrer doucement dans le sol. Ce choix contribue à restaurer le cycle hydrologique naturel.

Maîtriser les risques liés à l’eau

  • Préservation des zones humides : Le projet des Vaites veille à la sauvegarde de près de 7 hectares de zones humides – soit environ 10 % de la surface totale du quartier – reconnues pour leur rôle d’éponge naturelle lors des épisodes orageux, mais aussi comme réservoirs de biodiversité (source : Observatoire Régional de l’Environnement Franche-Comté, 2022).
  • Suivi de la ressource et adaptation climatique : Les études menées avant chaque phase d’urbanisation intègrent des modélisations hydrographiques et hydrogéologiques. Objectif : tenir compte de l’augmentation estimée de 30 % des précipitations extrêmes d’ici 2050 (scénario Giec régionalisé, 2021) pour affiner les capacités d’infiltration, de stockage et d’écoulement lent.

À travers cette mosaïque de dispositifs équilibrant infiltration et stockage, le quartier adopte une posture d’humilité constructive : il s’agit de vivre avec l’eau, non contre elle.

Sol vivant, sol fragile : la grande affaire des Vaites

Si la gestion de l'eau est parfois spectaculaire, celle des sols reste plus discrète, mais décisive. Un sol urbain sur deux en France est aujourd’hui artificialisé – c’est-à-dire qu’il n’assure plus son rôle de filtre, de support à la biodiversité ni même d’atténuateur naturel de chaleur (Source : INRAE, 2021). Les Vaites s’attachent donc à ne pas reproduire les erreurs du passé.

Connaître, puis préserver le capital “sol”

  • Cartographie préalable et inventaire des sols : Une étude pédologique a précédé chaque phase, visant à repérer les zones de sols profonds, riches en vie organique, de terres limoneuses propices à l’infiltration mais également les secteurs compactés ou pollués par l’histoire agricole et urbaine du site (rapports SOGREAH, 2013).
  • Réutilisation locale des terres : 60 % des terres excavées lors des premiers terrassements ont été réutilisées en remblais paysagers sur site, plutôt qu’évacuer ou remplacer par du remblai inerte, limitant ainsi les transports et préservant la mémoire organique du lieu (Ville de Besançon, Service Urbanisme).

Limiter l’artificialisation et favoriser le retour de la vie

  • Espaces verts multifonctionnels : Au total, 12 hectares d’espaces verts sont prévus dans le plan d’aménagement final, soit près de 20 % du quartier (source : Ville de Besançon, Master Plan). Ceux-ci ne sont pas de simples parcelles d’herbe, mais de véritables refuges biologiques : prairies urbaines, vergers collectifs, petits boisements créant une continuité écologique entre la forêt urbaine et le cœur du quartier.
  • Jardins partagés et fertilité retrouvée : Grâce à la remise en culture de certains lopins, les habitants – y compris les scolaires – expérimentent le compostage collectif, la plantation de haies fruitières et la gestion sans pesticides. Une initiative qui a d’ailleurs permis d’augmenter le taux de matière organique des sols de 1,5 % en trois ans (source : Mairie de Besançon, suivi agro-écologique 2021).
  • Gestion différenciée des espaces publics : La tonte raisonnée et la création de “lisières urbaines” laissent pousser graminées, fleurs sauvages et fourrés, renforçant la capture d’eau de pluie tout en nourrissant une faune variée (abeilles, papillons, hérissons).

Quand l’urbanisme devient paysage hydrologique

À travers ces choix, l’écoquartier des Vaites défend une vision sensible et prospective : les pratiques urbaines s’effacent au profit d’un paysage hydrologique, cousu-main. L’eau est canalisée, filtrée, offerte au sol, et le sol – décompacté, enrichi – répond en hébergeant racines, insectes, micro-champignons. Ce maillage, habilement sculpté sur un site longtemps agricole, favorise :

  • La recharge des nappes phréatiques : la proportion de surfaces perméables atteint près de 32 % sur la première tranche réalisée du projet, deux fois plus que dans un lotissement urbain classique (source : Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse).
  • La réduction du phénomène d’îlot de chaleur, grâce à la minéralisation limitée et à l’ombrage issu des plantations d’alignement (mesures relevées par l’Observatoire Climat Franche-Comté, 2022 : -2 °C par rapport à un quartier traditionnel lors des épisodes caniculaires).
  • L’apparition de zones refuges pour les oiseaux nicheurs, avec l’installation de plus de 80 nichoirs entre 2017 et 2023 (LPO, suivi de la biodiversité urbaine).

Des habitants engagés dans la gestion quotidienne

Loin de se limiter à un projet de “bureau”, le quartier des Vaites s’appuie sur la participation active des riverains. Prendre soin de l’eau et du sol n’est pas réservé aux experts. Voici quelques initiatives concrètes :

  • Suivis participatifs et ateliers pédagogiques : Les écoles du quartier réalisent chaque année des relevés météorologiques, observent la faune des mares ou testent l’efficacité des haies bocagères. Ces enseignements créent un lien fort entre habitants et vivant, bien au-delà du geste technique.
  • Réunions-citoyennes et budgets participatifs : Plusieurs aménagements de zones humides ont été décidés, partiellement financés ou gérés par des collectifs d’habitants, à l’image de la revitalisation d’un bassin, récemment converti en prairie humide accessible par passerelles en bois.
  • Actions de sensibilisation à la perméabilité : Des campagnes annuelles encouragent le désimperméabilisation des cours privées, la plantation de micro-jardins et le choix de matériaux naturels pour l’aménagement des entrées d’immeuble.

Ancrer la transition dans la durée

L’enjeu pour les Vaites aujourd’hui n’est plus de montrer que l’on peut faire autrement, mais de prouver que cette gestion apaisée de l’eau et du sol est viable face aux défis du climat, de la vie urbaine et des besoins d’accueil. Les indicateurs sont suivis, les solutions ajustées. L’humidité retrouvée des sols après plusieurs étés de sécheresse, la résilience démontrée lors des pluies de 2021 (aucune inondation notable alors que plusieurs quartiers de Besançon étaient en alerte crue, voir Bilan communal 2021) témoignent de la pertinence de ce travail patient.

Les Vaites n’ont pas réponse à tout, mais le quartier invite à recomposer notre regard sur la ville : apprécier la lenteur d’une goutte qui s’infiltre, la fragilité d’un humus qui renait, la promesse d’un sol partagé. Ici, eau et terre ne sont pas de simples contraintes techniques, mais les ingrédients d’un paysage urbain inspirant pour aujourd’hui, et précieux pour demain.

  • Sources complémentaires :
  • Ville de Besançon – Dossier technique ÉcoQuartier
  • Agence de l’Eau Rhône Méditerranée Corse – Synthèse sur la gestion durable de l’eau dans les projets urbains
  • Observatoire Régional de l’Environnement Franche-Comté – Indicateurs de biodiversité
  • INRAE – Réduire l’artificialisation des sols (rapport 2021)
  • Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO Franche-Comté) – Bilans annuels biodiversité urbaine

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