L’écoquartier des Vaites, terrain d’expériences cyclables

En déambulant dans les rues calmes de l’écoquartier des Vaites à Besançon, le vélo s’impose comme une compagne évidente. Ici, la nature reprend sa place entre les trames urbaines. Se déplacer autrement, à hauteur d’humain et à vitesse douce, s’inscrit dans l’ADN du quartier. Mais que valent, au quotidien, les marquages au sol et la signalétique dédiés aux cyclistes dans notre petit laboratoire urbain ? Sont-ils à la hauteur des promesses d’un quartier pensé pour la mobilité douce ? Plongée dans l’état du vélo au Vaites, lucide mais optimiste.

Des marquages cyclables en progression, mais encore parcimonieux

L’expérience cycliste aux Vaites commence par ce qui se voit tout de suite : les voies réservées, bandes cyclables, pictogrammes et panneaux. Force est de constater, à l’échelle du quartier, un contraste. Certains axes, fraîchement aménagés, arborent un marquage clair et récent — par exemple la rue du Professeur Haag ou l’avenue de l’Île-de-France avec leurs logos vélo bien visibles sur la chaussée. À l’opposé, les rues secondaires ou plus anciennes du quartier laissent perplexe : absence de bande, pictogrammes effacés par le passage du temps, et transitions approximatives avec la voirie voisine.

Les typologies de marquages cyclables rencontrés

  • Bandes cyclables unidirectionnelles : rares mais existantes, elles jalonnent surtout les axes principaux, séparant de façon nette cyclistes et automobilistes.
  • Pictogrammes vélo peints au sol : plus présents et régulièrement rafraîchis sur les artères majeures.
  • Voies partagées « zone 30 » : sur les segments résidentiels, la cohabitation est la règle avec un simple rappel au sol, mais sans séparation physique.
  • Chaucidou (chaussée à circulation douce) : expérience récente sur une portion test, matérialisée par des bandes latérales symboliques où cyclistes et voitures doivent dialoguer, particulièrement sur l’avenue de l’Île-de-France (source : Ville de Besançon, dossier écoquartier 2023).

À ce jour, aucune voie verte linéaire strictement dédiée ne traverse le quartier d’ouest en est, ce qui limite l’usage du vélo pour les familles ou les cyclistes moins aguerris. Cette absence de continuité est l’une des principales critiques formulées par les associations locales (AMOBIS, Vélocité Besançon).

Signalétique et jalonnement : points forts et absences remarquées

Si les marquages au sol orientent l’œil, la signalétique verticale a pour mission d’accompagner le cycliste, de rassurer, de guider, et de rappeler la place du vélo dans la circulation. Aux Vaites, on observe des efforts tangibles depuis 2021 pour clarifier les cheminements cyclables à l’intersection des rues principales et aux abords des écoles et commerces de proximité :

  • Panneaux « Voie partagée » et « Priorité vélo » bien présents autour de l’école Jean Macé et des accès au parc urbain.
  • Fléchage directionnel vers le centre-ville, la gare Viotte ou le quartier Tristan Bernard, bienvenu pour les nouveaux habitants ou les visiteurs de passage.
  • Stations VéloCité source : Ginko VéloCité avec totems d’information, plan du réseau vélo et mode d’emploi — mais concentrées sur l’entrée sud du quartier.

À l’inverse, dans les rues plus discrètes du nord du quartier ou à proximité de la jonction avec la forêt des Près-de-Vaux, la signalétique s’amenuise. On se surprend à chercher le prochain repère ou le logo rassurant validant l’itinéraire choisi — sentiment partagé par de nombreux usagers lors des randonnées citoyennes du printemps 2023.

Tableau synthétique de l’état de la signalétique cyclable aux Vaites

Axe Marquage utilisé Signalétique verticale État général
Rue du Professeur Haag Bande cyclable + Pictogramme Panneaux « Zone 30 », « Vélo prioritaire » Bonne, récente
Avenue de l’Île-de-France Chaucidou + Pictogramme Directionnel + rappel vélo Satisfaisant, manques ponctuels
Rue Henri Bergson Pictogramme ponctuel Absence sur plusieurs segments Moyen, à renforcer
Jonction Parc urbain / Près-de-Vaux Pas de marquage dédié Fléchage rare Mal identifié, zone à améliorer

Accessibilité, lisibilité : le défi des ruptures de parcours

Le sentiment général recueilli dans les enquêtes de terrain et les forums associatifs du quartier (AMOBIS, 2023) fait remonter un motif récurrent : les ruptures de parcours. Un cheminement cyclable attractif suppose la continuité, mais aussi la sécurité à chaque intersection. Plusieurs freins sont observables :

  • Discontinuité : coupures nettes aux croisements avec des axes très circulants (boulevard Blum, accès Piémont), obligeant à descendre de vélo ou à emprunter le trottoir.
  • Manque d’identification : absence de panneaux ou de marquage à l’entrée de certaines portions dites « zone résidentielle apaisée », induisant un défaut de lisibilité pour les visiteurs.
  • Problème de cohabitation : partage compliqué avec les bus ou les véhicules en stationnement, notamment à la sortie du parc urbain, pourtant essentiel pour la liaison nord-sud.
  • Défaut de lisibilité nocturne : marquages sombres ou effacés à certains endroits, manque de catadioptres aux passages stratégiques.

Ces défauts nuisent à l’ambition d’un quartier pensé pour toutes les pratiques cyclistes, du jeune collégien à la famille partant en balade jusqu’à l’entrée de la forêt.

Pistes d’amélioration : suggestions citoyennes et bonnes pratiques à observer

Des solutions existent : mieux connues des associations militantes, elles s’éprouvent déjà dans d’autres quartiers bisontins comme aux Chaprais ou à Montrapon, voire à l’échelle nationale (notamment à Rennes ou Grenoble, souvent citées comme modèles dans la Fédération des Usagers de la Bicyclette). Pour les Vaites, pourraient être envisagées :

  1. Généraliser le rafraîchissement des marquages au sol chaque année après l’hiver.
  2. Installer des totems directionnels et des plans vélos interactifs à chaque intersection majeure.
  3. Créer une « boucle verte » de découverte du quartier, balisée, reliant écoles, parcs et commerces en circuit court et sécurisé.
  4. Expérimenter les passages piétons « décalés » réservés aux cyclistes pour traverser les points noirs, accompagnés de feux dédiés où cela est pertinent.
  5. Favoriser des « sas vélo » aux feux pour une mise en sécurité lors des redémarrages (inspiré du guide ADEME Urbanisme et mobilité durable).
  6. Inciter à une implication des habitants dans la veille de la signalétique via un système de signalement citoyen sur une plateforme participative.

Ailleurs, la Ville de Strasbourg a prouvé que la massification des panneaux « Cédez le passage cycliste » et le jalonnement vélo directionnel rassurent, tout en rendant visible la volonté politique d’accueillir toutes les mobilités (source : Eurométropole Strasbourg, bilan 2022).

Quels impacts pour la vie de quartier et la perception du vélo ?

L’attention portée à la signalétique et au marquage cyclable ne relève pas du simple confort visuel. Elle dénote d’une réelle vision écologique et inclusive. Les usagers le perçoivent : d’après les résultats du Baromètre des villes cyclables (FUB, 2021), près de 70% des cyclistes français déclarent que la clarté de la signalisation conditionne directement leur sentiment de sécurité. Au Vaites, même si la part modale du vélo reste supérieure à celle observée dans d’autres quartiers périphériques (entre 12 et 15% des déplacements quotidiens selon l’Enquête Déplacements Grand Besançon 2022), nombre d’usagers évoquent l’envie d’aller plus loin — à condition d’une meilleure reconnaissance des parcours, notamment pour les enfants ou les moins sportifs.

Se déplacer en vélo n’est pas uniquement un choix écologique : c’est aussi un moyen de découvrir différemment le quartier, de l’habiter au présent et de s’y ancrer. Les marquages ne sont qu’un outil, mais un outil structurant, qui façonne l’expérience urbaine et le regard que l’on porte sur les mobilités de demain.

L’art du détail, pour un quartier vraiment cyclable

S’attarder sur les lignes blanches, les flèches discrètes, les panneaux qui surgissent ou s’effacent… Voilà un exercice révélateur des ambitions et des attentions d’un territoire. Aux Vaites, le diagnostic des marquages et de la signalétique cyclable expose un quartier en mouvement : les avancées sont réelles, les manques aussi. Il reste de la place pour l’expérimentation, la participation citoyenne, et l’inspiration venue d’ailleurs. En cultivant le souci du détail et en restant à l’écoute des usagers, l’écoquartier peut devenir un révélateur de bonnes pratiques pour toute la ville — et un espace où, pour chaque habitant, pédaler rime avec liberté et sérénité.

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