Comprendre les sols des Vaites : portrait et héritages

Le quartier des Vaites s’étend sur une ancienne plaine agricole, propriété jadis morcelée en parcelles maraîchères et vergers de ceinture. La mémoire de ces terres résonne encore dans la structure même de son sol : limoneux à argileux, assez riche en matières organiques sur les couches de surface, mais parfois compacté ou appauvri par des années d’exploitation intensive, ou au contraire, laissé en friche.

De nombreuses études menées lors des diagnostics environnementaux du projet d’écoquartier (notamment le rapport du bureau d’études SUEZ Environnement pour la Ville de Besançon, 2018) ont mis en lumière une grande hétérogénéité :

  • Des secteurs non bâtis, envahis de graminées sauvages, où la vie microbienne est restée active
  • Des zones compactées par d’anciennes pratiques agricoles, moins perméables à l’eau
  • Des traces historiques de pollution urbaine très localisées, vite écartées après analyses

Le défi de la préparation du sol ici ne consiste donc pas à « partir de zéro », mais à réparer, réinventer et se réapproprier un milieu vivant, sans le brusquer.

Faire le diagnostic : quand la science guide le geste citoyen

Toute préparation débute par l’observation. Le premier réflexe adopté par les habitant·es et les associations des Vaites — tels que le collectif “Jardins des Vaîte” ou “Vivre aux Vaites” — a été de solliciter diagnostics et conseils d’experts locaux (par exemple, l’Association Bisontine des Jardins Familiaux). Les analyses suivantes sont fréquemment réalisées :

  • Analyse granulométrique : pour repérer la dominance d’argile, de limons ou de sables — déterminant la capacité du sol à retenir l’eau et à s’aérer.
  • pH et matières organiques : afin d’adapter les apports (compost, chaux, amendements) lors de la préparation des planches de culture.
  • Recherche de pollutions résiduelles : notamment la présence éventuelle de métaux lourds liés à l’activité urbaine passée (données rapportées par l’ADEME, 2022).
  • Comptage des organismes vivants : nombre de vers de terre par pelletée, sans oublier les micro-champignons et bactéries du sol : indicateurs clés pour la fertilité.

La concertation avec des naturalistes locaux, souvent membres de la Société d’Horticulture du Doubs ou du collectif “Les Jardins syntropiques Franc-Comtois”, a permis de cartographier les secteurs les plus propices, mais aussi de préserver les micro-habitats naturels, précieuses trames vertes du quartier.

Décompacter, aérer, régénérer : le cœur du travail de préparation

Des outils adaptés pour des sols vivants

Contrairement à la pratique du labour profond (souvent accusé de déstructurer la vie du sol), la préparation aux Vaites privilégie :

  • La grelinette et la fourche-bêche : pour un ameublissement superficiel (20–30 cm), respectant les horizons du sol et préservant la faune souterraine.
  • Brouettes, râteaux, crocs : pour niveler, émietter, et incorporer compost ou mulch par petites touches.

Quand certaines parcelles s’avèrent trop compactées (suite au passage répété d’engins agricoles ou au piétinement humain), des pratiques de bioremédiation sont testées :

  • Semi de radis fourragers, moutardes, phacélies : ces plantes à enracinement profond jouent le rôle de “sous-solage naturel”, fissurant la terre tout en l’enrichissant en azote. Phénomène bien documenté par l’INRAE.
  • Paillage annuel, combinant tontes et feuilles mortes, pour protéger du dessèchement et favoriser l’activité des micro-organismes.

Le compost, or noir urbain

Aux Vaites, le compostage collectif occupe une place majeure. Les résidents, épaulés par l’association “Collectif Compost Citadin”, mettent en œuvre :

  • Collecte de déchets de cuisine auprès des riverains
  • Apport de broyat de bois issu des élagages de la ville
  • Mélange régulier, suivi de la température et du taux d’humidité, pour assurer la maturation d’un compost riche et stable

Ce compost — distribué chaque printemps — nourrit les micro-organismes du sol, améliore sa structure, et restaure peu à peu sa fertilité. Le principe du retour au sol des déchets locaux, soutenu par la Métropole du Grand Besançon, évite ainsi toute dépendance à des engrais commerciaux et préserve le cycle naturel des matières organiques (source : Grand Besançon Métropole, rapport Gestion des biodéchets 2022-2023).

Lutter contre la pollution urbaine : principes de précaution et choix des cultures

Même si la majorité des analyses se sont révélées rassurantes, la vigilance reste de mise dans certains coins. Le protocole suivi s’inspire de celui recommandé par l’ADEME pour toute installation de culture urbaine sur ancienne friche :

  • Cultures maraîchères réservées aux planches surélevées, remplies de terre saine et compostée
  • Culture d’arbustes fruitiers et d’espèces à enracinement superficiel en pleine terre (groseillers, aromatiques)
  • Pour les produits-racines (carottes, pommes de terre), préférer les bacs et jardinières, ou se limiter aux espaces jugés “sains” après test
  • Plantation de fleurs pollinisatrices sur les zones non cultivées, pour renforcer la biodiversité sans risque sanitaire

Le suivi régulier des terres (tous les deux à trois ans) permet d’ajuster les usages et de rassurer les riverains sur la qualité des productions.

Techniques de jardinage inspirées de l’agroécologie : respecter la vie du sol

Méthode Principe Apport pour le sol
Non-labour Préserver la structure et la vie microbienne du sol Augmente la biodiversité, limite l’érosion
Paillage épais Protéger, nourrir, garder l’humidité Réduit le besoin d’arrosage, attire la faune
Rotation des cultures Alterner familles de plantes chaque année Évite l’appauvrissement, limite les “maladies du sol”
Association de plantes Combiner légumes, aromatiques, fleurs Repousse les ravageurs, optimise l’espace

Ce sont ces techniques, inspirées de la permaculture, qui rendent les jardins urbains des Vaites résilients face aux canicules estivales et à la pression des usages. La culture sur buttes, expérimentée dans plusieurs micro-jardins, favorise également le drainage, tout en maximisant la productivité sur de petites surfaces (source : “Permaculture Urbaine”, Terre Vivante, 2021).

Une mobilisation citoyenne et intergénérationnelle

Ce qui distingue la préparation des sols aux Vaites, c’est la manière dont elle engage toutes les générations et profils. Écoliers, retraités, familles nouvellement installées ou jardiniers aguerris, chacun trouve sa place dans ce vaste chantier partagé. Les ateliers de formation organisés par la Maison de l’Environnement de Besançon, la venue de professionnels du maraîchage bio lors des “Rencontres Vertes” annuelles, ou encore la mise en place de panneaux pédagogiques dans les jardins partagés contribuent à entretenir une mémoire et une intimité avec le sol.

  • Plus de 150 riverains participent régulièrement aux chantiers collectifs de préparation ou de compostage (chiffres : Association Jardins des Vaîtes, 2023)
  • Des liens se tissent avec de jeunes chercheurs en agronomie de l’ENSMM et de l’Université de Franche-Comté
  • Les récits des anciens — agriculteurs ou jardiniers en retraite — nourrissent l’approche sensible du lieu, transmettant savoirs et gestes.

La dynamique observée ici rejoint celle documentée dans d’autres quartiers pionniers en agroécologie urbaine (voir l’exemple des Vaulx-en-Velin via “Terres Urbaines”), signe que le soin du sol peut devenir un levier fédérateur, porteur d’identité.

À l’horizon : des sols fertiles pour une ville qui respire

La préparation des sols aux Vaites n’est autre qu’un tissage patient entre science, mémoire collective et gestes citoyens. Le sol, ce grand vivant trop souvent oublié sous le béton, redevient peu à peu visible, palpable, célébré. À chaque nouvelle saison, à chaque expérimentation réussie — planche de légumes, haie fruitière, pelouse transformée en prairie — ce sont autant de promesses pour un quartier où l’écologie s’ancre dans le concret, sous nos pas.

Le défi reste ouvert : continuer à cultiver sans épuiser, à expérimenter pour enrichir, à sensibiliser pour mieux transmettre. Les sols fertiles des Vaites, aujourd’hui, portent les germes d’une ville plus généreuse et résiliente — enracinée, tout simplement, dans la force d’un territoire vivant.

  • Guide ADEME : Préparer un sol urbain pour le jardinage
  • SUEZ Environnement, Rapport de diagnostic environnemental des Vaites, Ville de Besançon, 2018
  • Grand Besançon Métropole, Rapport gestion des biodéchets, 2022-2023
  • “Permaculture urbaine : solutions pour les villes”, Terre Vivante, 2021

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