Panorama : les institutions aux manettes du projet

Au commencement du projet d’écoquartier – initié au début des années 2010 – ce sont surtout les institutions locales qui tiennent la plume du récit urbain : la Ville de Besançon, Grand Besançon Métropole, et les services de l’État.

  • La Ville de Besançon : Propriétaire d’une majeure partie des 34 ha concernés par le projet, la Ville est à la fois maître d’ouvrage et chef d’orchestre. Elle définit les grandes orientations, sélectionne les maîtres d’œuvre via appels d’offres et orchestre la concertation. Selon les chiffres de la Ville (source : Ville de Besançon, dossiers publics), le budget d’investissement initialement prévu pour l’écoquartier dépassait 30 millions d’euros.
  • Grand Besançon Métropole : L’agglomération supervise les infrastructures de transport, l’assainissement, la gestion des déchets, et accompagne la stratégie de développement urbain durable (plan climat, plan mobilité).
  • Direction Départementale des Territoires (DDT) : Représentant l’État et la préfecture, la DDT veille à la conformité réglementaire, instruit les permis d’aménager, contrôle la densification mais aussi la préservation des zones humides identifiées sur le secteur des Vaites (Rapport DREAL, 2020).

Des associations en éveil : le pouls citoyen des Vaites

À l’ombre des bâtiments publics, le tissu associatif donne une voix, une vigilance et une créativité qui distinguent les Vaites des autres quartiers en développement urbain.

  • Les Jardins des Vaîtes : Pionnière, cette association cultive depuis 1997 plus de 150 parcelles de jardins familiaux sur les terres mêmes du projet d’écoquartier. Leur lutte contre l’urbanisation d’espaces agricoles et la défense de la biodiversité locale ont marqué l’histoire récente du quartier (Source : rapport France 3 Bourgogne, 2021).
  • L’association Les Vaîtes : Active sur le terrain militant, elle fédère habitants, jardiniers et riverains contre l’artificialisation de terres naturelles, et multiplie les recours juridiques. Ce collectif, fer de lance d’un urbanisme plus sobre, a été entendu par le Conseil d’État en avril 2022 (source : Conseil d’État).
  • Les Lentillères du Doubs : Inspirés du quartier éponyme à Dijon, ces habitants cultivent des légumes et redonnent vie à des pratiques maraîchères sur des terres menacées, inscrivant le quartier dans une tradition nourricière.

D’autres collectifs, comme Alternatiba Besançon ou ANV-COP21, relaient le débat sur l’artificialisation et animent des chantiers participatifs autour des mobilités douces ou des corridors écologiques (voir reportage Radio BIP, mai 2023).

Les experts et partenaires techniques : tisser des savoirs croisés

La transformation des Vaites ne se fait pas à l’aveugle. Urbanistes, architectes, écologues, ingénieurs et bureaux d’études quadrillent régulièrement le secteur.

  • Équipes d’urbanisme (e.g. Agence IN SITU, GRAU) : Ces professionnels, issus de cabinets sélectionnés par concours, sont chargés de concevoir la nouvelle urbanité du quartier. Leur approche combine diagnostics écologiques, innovations en matière d’habitat, et programmation de services publics (voir Dossier de la Ville de Besançon, 2021).
  • Écoles et universités : L’Université de Franche-Comté, l’ENSAB (École Nationale Supérieure d’Architecture de Bretagne, en partenariat ponctuel), et des BTS Gestion & Protection de la Nature de la région, mènent régulièrement des inventaires, des ateliers étudiants et des études d’impact. En 2019, une étude universitaire a dénombré plus de 650 espèces végétales et animales sur les 34 ha, dont plusieurs protégées (source : Observatoire naturaliste régional).
  • Syndicat de transport et opérateurs : Ginko (réseau de transport urbain de Besançon) participe à la réflexion sur les dessertes, l’intégration de lignes de bus à haut niveau de service, et les aménagements cyclables traversant les Vaites.

Plus ponctuellement, des bureaux comme Biotope ou Bourgoing Développement réalisent des diagnostics sur les espèces, la gestion hydraulique, et la qualité des sols, ainsi que des analyses sur la gestion durable de l’eau et la résilience urbaine (rapport réalisé pour la DREAL, 2021).

Décideurs publics, négociateurs privés, justice : la complexité des arbitrages

Si la Ville conduit la dynamique générale, les projets urbains de cette ampleur donnent lieu à un jeu d’alliances et de bras de fer institutionnels, parfois même devant les tribunaux.

  • La justice administrative : Entre 2019 et 2022, plusieurs recours déposés par des associations (notamment France Nature Environnement Doubs et Les Vaîtes) ont abouti à la suspension, temporaire ou durable, de certains travaux d’aménagement (voir décision du Tribunal administratif de Besançon, 2022).
  • Les bailleurs sociaux : Besançon Habitat et Néolia sont appelés à intervenir dans le montage d’opérations de logements mixtes (accession, social, participatif). Près de 550 logements étaient initialement prévus dans la première phase du projet (source : Ville de Besançon, Programme local de l’Habitat 2019).
  • Promoteurs et entreprises de BTP : Encadrés par la procédure de ZAC, leur rôle est de bâtir les lots conformément aux cahiers des charges d’écoquartier (matériaux biosourcés, limitation de l’emprise au sol…). Toutefois, la pression foncière reste contenue sur le secteur, en raison des recours et des débats publics.

Les habitantes et habitants : âmes collectives et résistances créatives

Ce ne sont pas que des chiffres sur une carte d’enquête publique. Aux Vaites, ce sont les résidents – nouveaux et anciens – qui écrivent le récit le plus vivant, celui du quotidien. Voici quelques figures et initiatives rencontrées depuis un quart de siècle :

  • Conseil de Quartier Est : Créé par la Ville en 2014, il permet une remontée régulière des attentes et critiques, notamment sur la préservation de la trame verte et l’intégration d’espaces partagés.
  • Groupements intergénérationnels et “voisins jardiniers” : Sur plus de 200 parcelles en 2023, plusieurs générations se côtoient, créant une scène de transmission, d’accueil de la biodiversité, et d’apprentissage informel.
  • Habitants mobilisés contre l’abattage d’arbres : Fin 2020, plusieurs centaines de personnes ont formé des chaînes humaines pour s’opposer à l’abattage préventif dans la “zone naturelle des Vaîtes” (source : reportage France 3 Régions, décembre 2020). Ces actions parfois relayées sur les réseaux sociaux témoignent de la fierté d’habiter un site vivant, et de l’importance du “lien de sol”.

Nature, dialogue et conflits : un écoquartier laboratoire d’apprentissage

Rarement un projet urbain bisontin aura généré une telle effervescence d’échanges, parfois tendus, mais souvent porteurs d’intelligence collective. Car derrière le duel classique entre aménageurs et opposants, se dessine une constellation de groupes aux intérêts parfois convergents : écoles cherchant un terrain expérimental, promeneurs passionnés d’orchidées locales, familles requérant des logements accessibles, élus jonglant entre impératifs climatiques et besoins sociaux.

  • Une biodiversité révélée : Plus de 130 espèces d’oiseaux ont été recensées par la Ligue pour la Protection des Oiseaux sur le secteur des Vaites. Le site héberge également des papillons d’intérêt communautaire, tels que l’azuré des paluds (rapport LPO Doubs, 2021).
  • Un espace d’innovation citoyenne : L’occupation pacifique, en 2020-2021, d’une partie des terres par des collectifs (“zone à défendre des Vaîtes”) a suscité débats, tables rondes et projections de films en plein air, inscrivant les Vaites dans une mémoire vivante d’expérimentation sociale locale.

Au fil du temps, le projet d’écoquartier a engendré autant de controverses que de rencontres. Il interroge : que préserver, que transmettre, comment habiter autrement ?

Et demain ? Vers un projet habité et foisonnant

Le visage des Vaites continue d’évoluer entre initiatives publiques, mobilisation associative et attachements individuels. Le projet n’a pas livré tous ses secrets, ni terminé de tisser ses contradictions fertiles. Si la justice, les collectivités et les associations écrivent les lignes officielles du dossier, ce sont bien les habitants qui, à petits pas quotidiens, façonnent un écosystème urbain singulier, où l’écologie n’est pas (seulement) un label mais une expérience partagée du territoire.

Derrière chaque arbre planté ou sauvegardé, chaque potager partagé ou acquis, se cachent des dizaines de récits, modestes ou déterminés. Et c’est peut-être là, dans la complexité de cette cohabitation, que s’invente chaque jour un horizon écologique ouvert sur le monde et enraciné, concrètement, ici aux Vaites.

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