Semer l’intelligence urbaine : retour sur quelques pionniers de la ville écologique

Fribourg-en-Brisgau : l’ADN des quartiers verts européens Difficile d’évoquer la transformation écologique urbaine sans citer Fribourg-en-Brisgau et son emblématique quartier Vauban. Dès les années 1990, cette ancienne caserne de l’armée allemande devient un territoire d’innovation : circulation piétonne privilégiée, tram au cœur du quartier, maisons passives, toits végétalisés, priorité à l’encadrement de la voiture (moins de 200 places pour 5 000 habitant·es, selon le site de la ville de Fribourg). L’une des leçons marquantes : l’implication directe des futur·es occupant·es dans la conception du quartier, un processus de maîtrise d’usage qui sera ensuite reproduit à bien d’autres endroits (Source : Ville de Fribourg).

Hammarby Sjöstad (Stockholm) : la gestion circulaire comme boussole Au début des années 2000, une ancienne friche industrielle au centre de Stockholm devient laboratoire grandeur nature. Hammarby Sjöstad applique une gestion circulaire de l’énergie, de l’eau et des déchets à une échelle de 25 000 habitant·es : chauffage urbain à partir de déchets, récupération d’eau de pluie, large part dédiée aux espaces piétons et cyclables (environ 80 km de pistes dans l’ensemble du secteur), logements à haute efficacité énergétique (Source : Stockholm Hamnar).

Ces quartiers pionniers ont fixé des références dans l’urbanisme contemporain, dont on retrouve aujourd’hui encore les traces jusque dans la conception du projet des Vaites. Ils prouvent que la durabilité se construit autant dans les matériaux que dans l’écoute et la participation active des citoyen·nes.

Du concret pour les Vaites : héritages et transformations sur mesure

Privilégier les mobilités douces et la mixité fonctionnelle

  • Aux Vaites, comme à Fribourg, la logique est de limiter l’emprise de la voiture : chaque futur ilot d’habitation est desservi en priorité par des modes doux. Besançon est d’ailleurs sur la troisième marche du podium national pour la pratique du vélo dans les villes moyennes (Baromètre des villes cyclables, FUB, 2021).
  • Le tram bisontin, que l’on aperçoit déjà desservant le quartier, est aussi pensé comme colonne vertébrale de l’écoquartier : une des caractéristiques communes avec les expérimentations de Fribourg ou de Nantes (quartier de l’Île de Nantes, par exemple).
  • La mixité des usages – logements, activités, commerces, espaces verts – s’inscrit dans la veine des modèles d’aménagement urbain initiés à Hammarby et dans plusieurs écoquartiers français comme la Caserne de Bonne à Grenoble (Ville de Grenoble).

L’eau et le paysage, une priorité partagée

  • Le ruisseau des Vaites, qui traverse le secteur, est traité non plus comme un obstacle à canaliser, mais comme un vecteur de biodiversité. Des solutions inspirées de la renaturation des rivières urbaines à Lyon ou Lausanne sont à l’étude.
  • L’articulation avec la trame verte et bleue (réseaux écologiques de continuité), popularisée en France par le Grenelle de l’environnement, structure la conception des espaces publics. Ici, on vise à reconnecter les corridors naturels, cheminements piétons et zones humides du quartier aux forêts périphériques, dans la lignée d’initiatives comme la Ceinture verte de Vienne (Ville de Vienne).

Une densité mesurée, des espaces à vivre

  • Plutôt qu’une densité bâtie imposée, comme à Boulogne-Billancourt ou Issy-les-Moulineaux dans les années 2000, les Vaites privilégient des îlots aérés, avec un minimum de 30 % d’espaces ouverts ou végétalisés par lot (données SPL Territoire 25, 2023).
  • Certains espaces partagés sont directement inspirés de la démarche des « quartiers-jardins » anglais ou français : jardins partagés programmés dès la phase de conception, implication d’associations locales dans la gestion des communs, zones de compostage collectif, etc.

Co-création et implication citoyenne : une intelligence partagée pour l’avenir

Les réalisations qui inspirent les Vaites ont en commun d’avoir engagé précocement les citoyen·nes. L’une des clés du succès observé à Fribourg ou à BedZED (Royaume-Uni, Sutton) est la « co-conception » : réunions régulières, comités de quartier, participation effective aux choix de matériaux ou à la gestion des espaces verts (Source : Bioregional).

Aux Vaites, cette dimension se décline concrètement :

  • Ateliers participatifs réguliers avec les futur·es habitant·es, urbanistes, associations naturelles et écoles du quartier.
  • Consultations publiques sur la programmation des espaces publics, inspirées par les réunions citoyennes menées à Genève lors du projet de la Jonction.
  • Expérimentations de solutions temporaires (jardins éphémères, micro-fermes urbaines) pour tester l’usage réel des espaces avant aménagement définitif : une démarche observée aussi à Zurich ou Leipzig ces dernières années.

Des innovations locales dans la continuité des expériences inspirantes

Nature, gestion des déchets, énergie : l’écologie intégrée au quotidien

  • Tri et collecte des déchets à la source, programme de compostage de quartier, limitation du plastique à usage unique dans les équipements publics.
  • Utilisation de matériaux biosourcés pour la construction : la filière bois locale (Jura, Doubs) est mobilisée directement, dans la continuité de ce qui a été expérimenté à King’s Cross (Londres) ou à l’écoquartier du Fort d’Issy à Paris (Ville d'Issy-les-Moulineaux).
  • Éclairage public basse consommation, piloté par capteurs, et panneaux solaires intégrés dans les bâtiments collectifs, à l’image de l’écoquartier Bonne à Grenoble.

Cette logique de « maillon local du global » caractérise l’écoquartier tel qu’il se dessine aujourd’hui à Besançon. Les Vaites ne cherchent pas à calquer des modèles, mais bien à « traduire » les bonnes pratiques dans leur contexte propre : modération des sols, préservation des zones agricoles, intégration des sentiers et circulations douces historiques.

Regarder au-delà : la pédagogie territoriale, héritage et transmission

Nombre des quartiers qui ont guidé la réflexion autour des Vaites sont aussi devenus, avec le temps, des vitrines pédagogiques. À Malmö (quartier de Western Harbour), des balades d’architecture environnementale sont organisées toute l’année, pour permettre aux citoyen·nes de s’approprier le projet. À Fribourg, 30 000 personnes visitent chaque année Vauban pour s’inspirer de ses réussites comme de ses défis (source : Freiburg Futour).

Aux Vaites, une démarche similaire s’esquisse :

  • Mise en place de parcours découverte pour comprendre les choix architecturaux, écologiques, et les systèmes de gestion de l’eau.
  • Accueil de classes de primaire et de collège pour des projets liés à la biodiversité, sur le modèle des écoles du quartier Kronsberg à Hanovre.
  • Organisation régulière de forums ouverts avec les habitant·es, pour partager les dernières avancées du quartier et recueillir des idées nouvelles.

Vers une écologie du quotidien, ancrée, ouverte, évolutive

Si les écoquartiers les plus médiatisés partagent un ADN commun, chacun raconte aussi une histoire située. Les Vaites, portées par l’inspiration de ces expériences exemplaires, entendent écrire la leur à leur manière : pas en modèles à copier, mais en tâtonnements patients et ajustements successifs. Ici, les idées circulent, s’enracinent et se réinventent : un territoire à la fois laboratoire, jardin et sentier, à explorer collectivement, dans un mouvement aussi vivant que la nature qui l’habite.

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