Se mettre en selle aux Vaites : aux origines d’un réseau cyclable en mutation

C’est une scène quotidienne. Le matin, aux abords du quartier des Vaites, rue du Piémont ou boulevard Kennedy, on croise des silhouettes en mouvement. Certaines échappent au vrombissement du trafic en filant vers le centre-ville de Besançon sur deux roues. Ce fil silencieux tisse, depuis plusieurs décennies, une trame discrète : celle d’un réseau cyclable dont l’ambition a longtemps été modeste, mais dont le visage ne cesse d’évoluer.

Le vélo à Besançon, ce n’est pas une histoire neuve. Dès les années 1990, de premiers itinéraires apparaissent timidement (source : BFC Mobilités), mais il faut attendre les années 2010 pour voir un véritable plan vélo prendre forme dans la métropole, piloté par Grand Besançon Métropole. La volonté s’affirme : relier tous les quartiers, dont les Vaites, à l’hypercentre, pour répondre à la fois à la transition écologique, à la qualité de vie et à l’augmentation constante de la pratique cyclable.

Cartographie et tracé : comprendre l’itinéraire cyclable entre les Vaites et le centre

L’itinéraire reliant les Vaites au cœur de Besançon emprunte plusieurs axes successifs, pensés pour éviter les grandes artères trop rapides, mais aussi pour s’écarter le moins possible des trajets quotidiens réels. Voici les segments principaux :

  • Boulevard Kennedy & Rue de Vesoul : axe structurant, mixant pistes cyclables séparées et bandes peintes, avec zones de vigilance accrue à l’approche de certains carrefours.
  • Avenue Fontaine-Argent et avenue Carnot : liaison directe mais parfois partagée avec les bus et les voitures ; des zones de double sens cyclable et des points de stationnement vélo jalonnent le parcours.
  • Traversée de la boucle (pont de la République ou via le faubourg Rivotte) pour les derniers mètres jusqu’au centre, avec une signalétique spécifique et des sas vélo aux feux principaux.

La force de ce réseau réside dans sa logique d’interconnexion, mais c’est aussi là que résident ses limites : la continuité parfaite fait parfois défaut, notamment au niveau des ruptures de pistes, des intersections ou sur certains passages étroits. Plusieurs associations, telles que Vélo Besançon, recensent ces zones de “friction” et publient chaque année une “carte de chaleur” des points noirs signalés par les usagers (Vélo Besançon).

Données sur l’usage du réseau : qui pédale entre les Vaites et le centre ?

Chaque matin, la file de vélos à hauteur du parc Micaud donne le ton : ici, l’usage du vélo explose littéralement ces dernières années. Entre 2015 et 2023, le nombre de cyclistes quotidiens traversant les principales entrées de la Boucle a augmenté de 86% selon les chiffres publiés par Grand Besançon Métropole (source). Deux tiers de ces trajets concernent les déplacements domicile-travail ou domicile-école.

Année Nombre de passages quotidiens (comptage Parc Micaud)
2015 1450
2023 2700

La part des femmes et des seniors parmi les cyclistes est elle aussi en augmentation, signe que les aménagements rendent la pratique plus inclusive et perçue comme plus sûre. Le baromètre des villes cyclables 2023 (FUB) classe d’ailleurs Besançon “favorable” pour l’accueil des cyclistes, même si le sentiment d’insécurité demeure sur quelques points (carrefour de la rue de Belfort, proximité de la gare...).

Derrière le bitume : conception et logique paysagère du réseau

Le choix du tracé cyclable, à Besançon comme ailleurs, est toujours affaire de compromis. Faut-il privilégier la rapidité, la “servo-mobilité” (enchaînement fluide de parcours), la cohabitation avec la nature ? Entre les Vaites et le centre, les aménagements illustrent bien cette complexité.

  • Insertion dans la trame verte : plusieurs segments sont volontairement décalés du trafic pour longer – ou traverser – des espaces naturels : square Coluche, dent creuse de la rue du Piémont, jardins partagés de la rue des Vallières.
  • Qualité de vie vs efficacité : sur la liaison des Vaites à la boucle, un détour de quelques centaines de mètres permet d’éviter la rue de l’Église trop densément circulée, au profit de la sente du chemin du Sanatorium, plus ombragée et moins polluée.
  • Signalétique et continuité : la couleur verte des panneaux, une signalétique locale (“Centre - 9 min à vélo”), des repères directs vers les arrêts de tram ou de bus pour favoriser l’intermodalité, donnent au réseau un aspect vivant et non dogmatique.

Les retours d’usagers mettent en lumière l’importance de ces choix. Si la linéarité pure séduit les gens pressés, nombreux sont ceux qui prêtent attention à la qualité de l’environnement traversé. Un étudiant, rencontré sur le parvis de la fac, confie : “C’est le seul trajet où je peux voir chaque soir des écureuils dans les arbres, ça change tout après une journée de boulot.”

Sécurité, points forts et zones de vigilance

La sécurité des cyclistes reste centrale. Sur le réseau entre les Vaites et le centre, plusieurs améliorations notables ont vu le jour depuis 2019, grâce à des ateliers participatifs et au “Plan Vélo 2030” de Grand Besançon :

  • Pistes séparées sur la majeure partie de l’axe Kennedy–Vaites jusqu’au parc Micaud, avec revêtement lisse, balisage nocturne et passages piétons doublés pour calmer la vitesse.
  • Ralentisseurs et zones “30” instaurées à l’approche des écoles et des crèches, comme à l’angle de la rue de la Dorcas.
  • Points noirs persistants : de nombreux cyclistes signalent des difficultés à l’entrée sur la voie verte du Doubs, où la cohabitation avec promeneurs et automobilistes s’avère parfois tendue.

Le rapport annuel de la FUB (Fédération française des usagers de la bicyclette) insiste sur la nécessité d’accroître la continuité du réseau et d’éviter les “portes à faux” des intersections. Grand Besançon Métropole expérimente d’ailleurs la priorité vélo sur certains feux et la suppression de passages piétons-bicyclettes en angle mort.

L’usage réel : des usages quotidiens à la balade dominicale

Le réseau cyclable n’est pas qu’une infrastructure pour les “vélotaffeuses” et “vélotaffeurs”. Il façonne aussi un art de vivre local. Du marché du jeudi matin sur la place de la Révolution aux baignades d’été sur les berges du Doubs, le cheminement à vélo offre une manière lente, sensorielle, de prendre possession du territoire.

  • Trajets utilitaires : la majorité des usagers parcourent 2 à 4 km pour rejoindre la gare, la fac, ou le collège Diderot, en moyenne deux fois par jour.
  • Balades de loisirs : en fin de semaine, la portion entre les Vaites et la boucle devient aussi le point de départ de grandes escapades jusqu’à la citadelle, la forêt de Chailluz ou la Saline royale d’Arc-et-Senans. La via Francigena, itinéraire cyclable européen, croise d’ailleurs le quartier !
  • Vélos spéciaux : cargos pour transporter les enfants, VAE (vélos à assistance électrique) favorisent une pratique intergénérationnelle, souvent en famille ou en “micro-covoiturage” sur pédales.

Le sentiment qui ressort est celui d’une appropriation collective et progressive. Les rencontres se multiplient : il n’est pas rare d’observer, sur la zone de livraison de la rue des Granges, des enfants en draisienne croiser des retraités à vélo pliant ou des livreurs à vélo.

Projets en cours et perspectives : un réseau cyclable toujours en mouvement

Depuis 2022, des travaux sur la Voirie Verte des Vaîtes et le projet de “raccordement express” à la boucle via la future passerelle sur le Doubs font l’actualité. Objectif : transformer le réseau existant en véritable “autoroute à vélos” sécurisée, tout en maintenant un caractère convivial et végétalisé.

Parmi les annonces de Grand Besançon Métropole (Conseil communautaire du 09/11/2023 - source), on peut citer :

  1. Création de “coronapistes” pérennes sur les sections Kennedy-Micaud.
  2. Mise en service prévue d’une navette vélo-bus à haut niveau de service (BHNS) entre les Vaites et la place Flore.
  3. Réseau interconnecté avec les quartiers voisins — Palente, Chaprais — pour élargir la logique de maillage doux, ouvrant de nouveaux horizons cyclables.

Certains chantiers font débat, notamment la gestion du stationnement vélo centre-ville, ou les conflits d’usages aux heures de pointe, mais la dynamique reste portée par les mobilisations citoyennes et les acteurs associatifs.

Vers une culture locale du vélo : inspirations et enjeux futurs

Plus qu’un simple outil de déplacement, le vélo aux Vaites devient symbole d’une transition vivante et partagée. Ici, la notion de réseau cyclable dépasse la technique : il est tissé de choix humains, de gestes quotidiens et de paysages urbains sans cesse recomposés.

La réussite de ce maillage dépendra de la capacité collective à écouter — habitants, associations, institutions — pour inventer sans cesse ce qui relie, sans opposer vélos, piétons, bus et voitures. L’histoire du réseau cyclable des Vaites n’est donc pas figée. Elle continue de s’écrire, à chaque tour de roue, de la rosée du matin jusqu’à la lumière dorée des retours du soir.

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