Les volets institutionnels du suivi : données, cartographies et concertation

Aux Vaites, comme ailleurs à Besançon, les transformations de l’espace urbain sont d’abord scrutées à travers le prisme des institutions, notamment la Ville (commune de Besançon), le Grand Besançon Métropole et le Département. Les Plans Locaux d’Urbanisme (PLUi), les rapports d’évaluation environnementale, ou encore les diagnostics de mobilité tissent un maillage réglementaire et statistique dense.

  • Cartographies dynamiques : Depuis le lancement du projet écoquartier, différentes cartes sont publiées et actualisées, portant sur l’évolution du foncier, la trame verte et bleue, ou la biodiversité présente (voir Mairie de Besançon). Des géomaticiens et urbanistes y consignent l’état des lieux et les projections.
  • Chiffres-clés : Selon l’Observatoire des projets urbains (SCOT 2020 de Grand Besançon Métropole), les Vaites devraient accueillir à terme jusqu’à 1 200 nouveaux logements, dont près de 35 % en habitat social, et préserver plus de 60 % de surfaces non bâties (prairies, jardins, corridors écologiques).
  • Enquêtes publiques et réunions citoyennes : Plus de 600 contributions ont ainsi été recueillies lors de l’enquête publique de 2019 sur l’écoquartier, et les comptes rendus sont disponibles en ligne.

Au sein de ces dispositifs, le suivi s’opère sur plusieurs axes : évolution du bâti, vitalité des espaces communs, gestion des flux (mobilité, eau, déchets), et mesure régulière de la biodiversité. Les rapports sont souvent techniques, mais de plus en plus de collectivités cherchent à traduire ces mesures en récits partagés, via des expositions de synthèse, des balades urbaines commentées ou la publication de vidéos pédagogiques (voir Territoires à énergie positive).

Mesurer ce qui (re)vit : la dimension environnementale

La spécificité majeure du quartier des Vaites réside dans la place dédiée aux milieux naturels au cœur de l’urbanisme. Ici, le suivi écologique s’appuie sur plusieurs outils complémentaires :

  • Atlas de biodiversité communale : Mis à jour tous les cinq ans, il permet de géolocaliser les espèces présentes (oiseaux, amphibiens, flore, insectes) et d’en suivre l’évolution. Ainsi, en 2022, on pouvait recenser selon la LPO Bourgogne-Franche-Comté, pas moins de 36 espèces d’oiseaux nicheurs sur le périmètre du quartier, dont le Pipit des arbres et le Pic épeiche.
  • Suivi participatif de la faune et de la flore : Plusieurs protocoles collaboratifs permettent aux habitants et associations comme France Nature Environnement Doubs ou Anoukis de faire remonter des observations (papillons, orchidées, hérissons…). Cette année, plus de 90 observations citoyennes ont été intégrées à la base "OpenObs" à l’échelle du quartier.
  • Indicateurs de nature en ville : L’indice de canopée (surface ombragée par la cime des arbres), suivi par l’ONF, a progressé de 8 % entre 2012 et 2023 sur le secteur nord des Vaites, résultat direct des efforts de préservation des alignements boisés existants.

La force de ces approches : elles permettent de mettre en débat la qualité écologique réelle des aménagements. Par exemple, la présence saisonnière du crapaud calamite sur le ruisseau du Vallon, observée pour la première fois en 2017, a permis de réorienter la gestion des eaux pluviales et de préserver des mares temporaires (source : DREAL Bourgogne-Franche-Comté).

Regards quotidiens et récits d’usages : la contribution irremplaçable des habitants

La lecture fine de l’évolution d’un territoire ne vient pas que des chiffres ou des cartes : les habitants tissent chaque jour mille fils narratifs qui, mis bout à bout, dessinent un portrait bien vivant de leur quartier. Ces témoignages, pour la plupart modestes, constituent une forme précieuse de veille collective :

  • Photographies du quotidien : Expositions de photos sur les jardins collectifs, carnet d’images partagé lors des Fêtes des Vaites, ou collections participatives sur Instagram expriment les nuances saisonnières du quartier (voir le hashtag #Vaites).
  • Ateliers de cartographie sensible : Organisés par la Maison de l’Architecture durant les Journées du Patrimoine, ces ateliers ont réuni plus de 70 personnes en septembre 2023 pour cartographier les “coins secrets”, lieux ressourçants et itinéraires alternatifs.
  • Journal de quartier : L’édition trimestrielle du journal “Éco-Vaites”, rédigée par un collectif d’habitants, mêle récits, souvenirs et témoignages sur les transformations perçues : retour du marché de producteurs, montée de la pratique du vélo, etc.

Les informations empiriques recueillies de cette manière présentent l’avantage de capter l’évolution du “vivre-ensemble” : émergence d’une micro-bibliothèque dans une ancienne cabine téléphonique, installation d’un compost collectif rue de la Pelouse, occupation croissante de la plaine centrale pour des évènements sportifs ou des actions pédagogiques, etc.

La mémoire du temps long : archives, récits anciens et traces du passé

Scruter l’évolution d’un quartier écologique comme les Vaites, c’est aussi tisser des liens avec sa mémoire plus ancienne. Ici, l’archive devient précieuse pour mesurer les métamorphoses profondes :

  • Photos aériennes d’hier et d’aujourd’hui : Le portail Remonterletemps.ign.fr permet de visualiser la mutation du quartier entre les années 1950 (paysages agricoles et bocagers) et aujourd’hui (développement du bâti, maintien de larges espaces de prairie).
  • Entretiens avec les “passeurs d’histoire” : Plusieurs associations patrimoniales collectent les souvenirs d’anciens maraîchers ou riverains, gardant actifs les récits oraux du quartier (voir Association Histoire et Patrimoine des Vaites).
  • Comptage annuel des jardins familiaux : La Ville effectue depuis 2008 un recensement public des parcelles cultivées : leur nombre a diminué de 370 à 297 parcelles en quinze ans, mais de nouvelles initiatives sont nées ailleurs, dans des jardins partagés conçus différemment.

Un fait marquant : la découverte, lors de fouilles préventives en 2018, de vestiges agricoles du XIX siècle a amené à conserver en lisière du quartier une partie de l’ancien chemin des “chaumes”, aujourd’hui valorisé en sentier d’interprétation.

Indicateurs urbains : mobilité, services, mixité sociale et cadre de vie

Le suivi d’un quartier engagé dans la transition écologique ne se limite pas au bâti ou à la nature. À Besançon, des observateurs scrutent aussi :

  • Mobilité douce : Une enquête du Grand Besançon menée en 2023 montre une progression de 19 % des déplacements à vélo (modale) dans le quartier par rapport à 2018. Le maillage cyclable s’est densifié avec 3,8 km de pistes supplémentaires depuis 2016.
  • Accès aux services : Des relevés annuels mesurent la présence de services publics (poste, crèches, écoles, recyclerie). Par exemple, le périmètre effectif du service de compostage collectif est passé de 320 à 540 foyers desservis en trois ans.
  • Mixité sociale et évolution démographique : Les chiffres de l’INSEE indiquent que la population des Vaites est passée de 4 680 à 5 035 habitants entre 2015 et 2021, avec une augmentation sensible du nombre de familles monoparentales (+7 %), preuve d’une offre de logement plus diversifiée.
  • Qualité de l’air : Atmo Bourgogne-Franche-Comté relève une concentration moyenne annuelle de NO2 de 19 µg/m³ en 2023 (loin du seuil d’alerte), soit un niveau conforme aux objectifs du Plan Climat Air Énergie Territorial local.

Ces chiffres, discutés lors de réunions annuelles du Conseil de Quartier, permettent d’ajuster les politiques de gestion, et d’alimenter un observatoire partagé (chiffres publiés sur Open Data Besançon).

Une évolution créative et ouverte : la force des regards multiples

Le suivi au long cours d’un quartier comme les Vaites assemble, au fil des ans, de multiples récits et données : les séries d’indicateurs, les cartes, mais aussi les voix du quotidien, les essais, les ateliers, les souvenirs, les débats. Aucun outil n’épuise à lui seul la richesse de ce processus, mais leur croisement permet de tisser une histoire à plusieurs mains qui éclaire aussi bien les avancées concrètes que les doutes ou les envies d’avenir.

Demain, de nouveaux modes de suivi enrichiront sans doute la chronique du quartier. Citons par exemple la cartographie numérique participative, l’élargissement du suivi biodiversité à d’autres espèces signalées par les enfants du quartier ou encore, pourquoi pas, le recours à l’intelligence collective pour imaginer le quartier de 2050, à la faveur de balades exploratoires ou de récits de science-fiction ancrés dans les forêts bisontines… Les pistes se multiplient, à mesure que le territoire évolue.

Aux Vaites, comme ailleurs, suivre l’évolution d’un quartier signifie apprendre à marier l’attention des institutions, la minutie des chercheurs, la créativité des associations, la sensibilité des habitants et la mémoire longue du lieu. Ce foisonnement façonne la singularité du quartier et l’enracine dans un avenir toujours ouvert, où chaque observation compte.

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