Une desserte bus pensée pour une ville en mutation

Dès la planification de l’écoquartier des Vaites à Besançon, la mobilité a été placée au centre des préoccupations. L’idée : faciliter l’accès sans recourir systématiquement à la voiture individuelle. La ligne 5 du réseau Ginko arrive en point d’ancrage. Mais, avec la progression du chantier et les nouveaux habitants, la réalité du terrain évolue vite. Quelques constats s’imposent.

  • Ligne 5 Ginko : Elle relie le centre-ville à l’hôpital Jean Minjoz, en passant par les Vaites (source : Ginko Voyage).
  • Arrêts principaux : Parc des Vaites, Place Jacobins, et à la marge, la desserte par les lignes urbaines 10 et 24.
  • Fréquence en journée : toutes les 15 à 20 minutes en heures de pointe.

Accessibilité, proximité : quels sont les points faibles ?

La topographie du quartier pose une première limite : les arrêts principaux sont regroupés au sud et à l’ouest des Vaites. Pour certains secteurs (notamment la partie nord en cours d’aménagement, près des berges), atteindre un arrêt de bus suppose jusqu’à 10 minutes de marche, parfois par des voies peu accueillantes pour les piétons.

  • Distance aux arrêts : jusqu’à 700 mètres depuis certaines habitations récentes (source : OSM, relevés terrain).
  • Accessibilité PMR (personnes à mobilité réduite) : seuls la Place Jacobins et l’arrêt Parc des Vaites sont équipés de quais adaptés.
  • Continuité piétonne : encore fragmentaire selon l’état d’avancement des chantiers.

Pour de jeunes familles ou des personnes âgées, ces distances sont un frein à la fréquentation du réseau.

Fréquences et horaires : le nerf de la guerre

La question du “dernier bus” reste un sujet clé. En semaine, la ligne 5 propose une amplitude honorable (premiers bus depuis 5h30, derniers autour de 21h30). Mais passé 20h, la fréquence chute à un bus toutes les 30 minutes, voire moins le week-end et en période estivale.

  • Horaires soir et week-end : service réduit, notion de “quartier dortoir” renforcée.
  • Événements et activités culturelles : complexité pour rentrer tard ou sortir sur Besançon sans recourir au taxi ou à la voiture partagée.

À la différence de quartiers historiques comme Battant ou Saint-Claude, l’écoquartier des Vaites ne bénéficie pas (encore ?) du passage des lignes nocturnes NiGinko.

La question des correspondances : une mobilité fragmentée

À l’échelle d’une agglomération étendue comme celle de Grand Besançon, le temps de correspondance joue un rôle crucial. Or, le passage unique de la ligne 5 impose de repenser chaque déplacement :

  1. Pour rejoindre la gare Viotte : changement obligatoire Place Flore ou Place Leclerc.
  2. Pour se rendre à la zone commerciale de Châteaufarine : au moins deux correspondances à prévoir.
  3. Liaison avec le tram : uniquement via Place Flore, à plus de 1,1 kilomètre à pied du Parc des Vaites.

Un habitant au nord des Vaites, sans vélo, doit compter entre 35 et 50 minutes pour rallier le centre-ville en transport en commun, pour un trajet de 3,5 kilomètres “à vol d’oiseau”. Une lenteur qui peut décourager l’usage quotidien du bus.

Étude de cas – La vie d’un habitant sans voiture : quelle réalité ?

Prenons le cas de Julie, habitante active et investie dans la vie associative du quartier. Son trajet quotidien maison–école–marché–travail, c’est :

  • Matin : 12 minutes à pied pour rejoindre l’arrêt Parc des Vaites.
  • Bus vers le centre (20 à 22 minutes selon la circulation).
  • Retour : attente du bus, souvent plus longue hors des heures de pointe.
  • Enfants à récupérer : horaires parfois “décalés” avec la desserte.

En trois mois, Julie a constaté qu’elle devait prévoir des marges horaires significatives pour éviter d’être en retard - une contrainte directement liée à la structure du réseau et à l’offre en soirée.

Problématiques saisonnières et temporaires

Au-delà des horaires quotidiens, des facteurs temporaires aggravent parfois la situation :

  • Chantiers d’aménagement : déviations, arrêts déplacés, allongement des parcours piétons.
  • Conditions hivernales : trottoirs peu dégagés, cheminements glissants, attente exposée au froid et à la pluie.

L’expérience utilisateur peut alors sérieusement se détériorer, réduisant l’attractivité du bus.

Les solutions envisagées et les marges de progrès

Face à ces limites, collectivités et associations de riverains (comme Réseau Vaites ou Alternatiba Besançon) poussent pour des évolutions concrètes :

  • Extension des horaires : demande d’un passage tardif les vendredis et samedis, sous la forme d’une desserte souple en soirée (à l’image de Noctibus sur d’autres lignes).
  • Amélioration des cheminements : continuité piétonne, pose d’abris bus, éclairage public sur les axes “froids”.
  • Navette interne spécifique : idée d’une liaison circulaire, microbus électrique reliant les points centraux des Vaites aux grands axes.
  • Tarification solidaire : facilitation de l’abonnement pour les jeunes et les seniors, souvent les plus concernés par l’absence de voiture.
Proposition Effet attendu Inspiration
Noctilien ou bus de soirée Sorties facilitées, moins de recours à l’auto Strasbourg, Lyon
Navette circulaire des Vaites Connexion rapide interne au quartier Freiburg Vauban
Pistes cyclo-bus piétonnes sécurisées Marche/bus/vélo complémentaire Montreuil – Quartier de la Noue

Le paradoxe de l’écoquartier : une mobilité rêvée, des usages encore fragiles

L’écoquartier des Vaites symbolise l’intention vertueuse de construire la ville sur la ville. Mais la mobilité y illustre aussi l’équilibre délicat entre urbanisme prospectif et adaptation aux usages réels.

  • Le potentiel existe : bus réguliers, réseau attractif pour une partie des habitants.
  • Mais… la dimension “dernier kilomètre”, l’accessibilité aux horaires étendus, et la facilité des correspondances restent des défis non résolus.
  • La réussite dépendra de la capacité à ajuster la desserte, pas seulement à la main des gestionnaires, mais aussi selon les retours des usagers et les expériences vécues.

Aux frontières du quartier : une invitation à réinventer la mobilité

La desserte bus des Vaites n’est pas figée : elle évolue, à mesure que le quartier grandit et que les besoins s’expriment plus largement. L’enjeu dépasse celui du simple transport : il s’agit de repenser la manière dont nous relions nos lieux de vie, nos écoles, nos marchés, nos sorties nocturnes.

Ici, peut-être plus qu’ailleurs, être mobile, ce n’est pas seulement se déplacer – c’est inventer, collectivement, de nouveaux chemins d’accès à l’autre et à la ville. Et si la transition écologique passait d’abord par une façon renouvelée d’habiter et de circuler… au coin du bus ?

Sources : Ginko Voyage – www.ginko.voyage OSM – OpenStreetMap Besançon Grand Besançon Métropole, rapport “Aménagement et Mobilités” sessions 2022-2023 Interview habitants recueillis par Réseau Vaites, 2023

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